Un escape game pour se questionner sur le numérique

À l’occasion de la Biennale Internationale du Design de Saint-Étienne, l’association Art’M a imaginé un escape game où les joueurs sont confrontés aux grands sujets du numérique : intelligence artificielle, fake news, etc. Nous avons discuté avec Kevin Fauvre, l’un des concepteurs.

 

Pourquoi avez-vous décidé de créer un escape game sur le thème de l’intelligence artificielle ?

 

L’escape game, c’est un partenariat entre deux structures, ART’M Créateurs associés, qui crée des outils de médiation scientifiques depuis plusieurs années et La Rotonde, un musée de sciences basé à Saint-Étienne. Nous avons décidé de travailler sur un format escape game car cela permet d’aborder la culture scientifique par le jeu. Et il nous paraissait évident de nous intéresser à l’intelligence artificielle, aux fake news, des réseaux sociaux et des données, car ce sont des sujets d’actualité qui nous impactent de plus en plus et nous avions envie de développer la curiosité sur ces sujets, de donner envie d’approfondir et de transmettre quelques connaissances.

 

Comment l’avez-vous conçu ? Avez-vous travaillé avec des spécialistes de l’IA ?  

ART’M s’occupe de la conception et du suivi de projet du début à la fin. Nous avons écrit le scénario de l’escape game, les personnages et les différentes manipulations. Ensuite, nous nous entourons de spécialistes sur différentes phases du projet. Par exemple, concernant le contenu, nous avons fait des recherches sur ce qui est existait en termes de vulgarisation et de production scientifique, puis nous sommes allés rencontrer des experts du domaine, voir si nous nous sommes trompé ou non, et cela nous a permis d’apporter de nouvelles choses ou de repenser à certains points. Sur la partie construction, nous nous sommes entourés de développeurs. Par exemple, la partie informatique a été redistribuée sur trois prestataires différents : l’un s’est occupé de tout ce que l’on va retrouver sur les sept ordinateurs du jeu, un autre qui a développé la partie réalité augmentée, et enfin un infographiste 3D a conçu une vidéo.

 

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne l’escape game ?

Lorsque l’on arrive, on est accueilli dans un hall d’entrée, avec trois portes devant soi. On est à l’étage 7.5 et l’appartement d’Alix Largemann. Si nous sommes là, c’est parce que depuis quelques semaines sur internet, on a observé des piratages : toutes les vidéos de chat ont été supprimées de YouTube, la lettre « e » n’est plus utilisable sur Google, et tous les sites de l’administration française ont été traduits en chinois. Tout le monde se rejette la faute, les Américains accusent les russes, les Russes les Nord-Coréens… Face à ça, un groupement de milliers d’internautes a décidé de mener l’enquête et a réussi à remonter à l’origine des piratages : cet appartement. Étant les 15 internautes les plus proches, nous allons rentrer dans l’appartement et tenter de trouver la personne, comprendre ses intentions, et peut-être essayer de l’arrêter.

 

Au fur et à mesure du jeu, nous allons rencontrer des personnages, qui vont nous guider, que nous allons devoir choisir d’aider ou non, car c’est un escape game qui ressemble un peu aux aventures « dont vous êtes le héros ». Il y a des choix multiples, et les choix vont influencer l’histoire et la fin.

 

L’IA à double tranchant, aide ou ennemi, c’est le cœur du message que vous souhaitez faire passer ?

Ces personnages, c’est aux joueurs de choisir s’ils leur font confiance ou non. Il n’y a pas de bons ou de mauvaises choix. L’idée est effectivement d’ouvrir au questionnement, d’ouvrir la discussion et de donner envie d’en savoir plus. À la fin de l’escape game, il y a un moment avec un médiateur, qui est là pour répondre aux questions, donner des informations complémentaires sur les différents sujets qui ont été traités. Avec l’objectif toujours de créer la curiosité, le questionnement, l’esprit critique et de donner quelques bases pour essayer d’aller chercher des informations complémentaires.

 

Quels sont les retours des utilisateurs ?

Ça se passe très bien et nous avons pu le tester avec beaucoup de publics différents. L’escape game est accessible à partir de dix ans, et sans limites d’âge. Il fonctionne bien, car nous avons mis en place une difficulté variable. L’animateur, en cours de jeu, est capable de changer la difficulté. Ça permet de le rendre accessible à tous, on a eu du scolaire, du grand public, des groupes d’entreprises, et ça marche avec tout le monde. On ressort avec un grand sourire. Parfois avec la déception d’avoir perdu, mais comme il y a une histoire avec un dénouement, on essaye vraiment d’amener un maximum de personnes jusqu’à la fin de l’histoire pour qu’ils prennent le choix final. Ça crée énormément de discussions, et c’était un objectif que nous avions. Les quinze minutes de discussions post-mission sont rarement suffisantes pour répondre à toutes les questions sur les sujets brûlants que sont l’IA ou les fake news.

 

Doit-on, selon vous, augmenter la sensibilisation aux nouvelles technologies comme l’IA ?

Pour moi ça va au-delà de l’IA et les fake news. L’idée est d’augmenter la curiosité et qu’en fin de compte, lorsqu’un sujet qui nous interpelle, toujours creuser et chercher plus loin. Être curieux, c’est souvent présenté comme un vilain défaut, mais en fin de compte c’est le plus beau des défauts. C’est ce qui va nous permettre d’avoir un avis éclairé sur une question. Là, par exemple, l’objectif n’est pas de transmettre un avis sur l’IA, mais que le spectateur se forge un avis en piochant dans tout ce qui existe. C’est essentiel, dans le monde dans lequel nous sommes où l’on parle beaucoup de fane nette, d’aider les gens à s’émerveiller de ce qu’il y a autour d’eux et à se poser des questions.