Hubert Florin, designer produit chez Slack : « Chaque micro-décision compte »

Hubert Florin a rejoint Slack en 2014 en tant que designer produit, quand l’entreprise n’était qu’une startup au coin de sa rue. Depuis quatre ans, cet expert travaille minutieusement à faire de l’application un outil qui simplifie le quotidien des organisations. Depuis le Canada, il nous éclaire sur les évolutions de son métier devenu central dans le monde de la tech.


Peux-tu revenir sur ton parcours et ce qui t’as mené au design produit ?

Ca fait près de 20 ans que je suis sorti d’école ! Je suis d’Amiens et j’étais à l’école en Belgique, à Saint Luc en Arts Appliqués. Le parcours normal à l’époque, quand internet n’était pas ce que c’est aujourd’hui, c’était de faire de la publicité en agence : être directeur artistique ou copywriter. J’étais du côté direction artistique et j’ai travaillé dans des agences parisiennes — un milieu très hiérarchisé à l’époque, qui ne m’a pas plu. Après une étape à Amiens puis en Australie, j’ai débarqué au Canada pendant les jeux olympiques et j’ai trouvé une petite agence qui travaillait sur le web et qui m’a proposé de me former. Elle créait des sites, des forums, des systèmes de commentaires et de notifications… C’est comme ça que j’ai découvert un milieu que je n’ai plus quitté !

Jusqu’à atterrir chez Slack ?

Oui, à l’époque ce n’était pas du tout ce que c’est aujourd’hui ! J’ai rejoins Slack parce que leurs locaux étaient juste en face de chez moi, quand c’était encore une petite startup. J’étais alors le quatrième designer, et quatre ans plus tard, on est dix fois plus dans cette même équipe. C’est devenu une entreprise mondiale, j’ai eu de la chance !

Au quotidien, à quoi ressemble ton travail de designer ?

Dès mon entrée chez Slack, j’étais designer produit. J’ai travaillé sur tous les icônes et la font, mais aussi le logo, les threads… Je ne compte plus le nombre de fonctionnalités sur lesquelles j’ai travaillé, dont certaines n’existent déjà plus aujourd’hui. Petit à petit les équipes se sont agrandies et on a divisé le design produit en une dizaine de sous-groupes. En ce qui me concerne, j’ai toujours gardé un oeil sur le messaging et la communication, sur des problématiques comme le partage de fichiers.

Comment définir le métier de designer produit ?

Il y a eu énormément de confusion au fil des années. Il y a en réalité deux catégories de designers : les designer produit qui travaillent dans une entreprise numérique, et puis il y a les designers qui travaillent en agence pour différents clients, sur des produits différents. Ceux qui sont agence doivent aller très vite, ils vont définir des systèmes plutôt que des fonctionnalités précises, et le niveau de détail et de qualité sera variable en fonction de la demande du client.  A l’inverse, dans une entreprise comme Slack, on doit avoir un niveau de qualité constant : à chaque décision, on doit être cohérents avec tout ce qui a été fait avant, c’est même un enjeu stratégique. Finalement, plutôt que de parler d’UX ou d’UI, on devrait parler du type de projet sur lequel on travaille. Le designer UX ce n’est pas une profession mais un aspect d’une profession !

Qu’est-ce qui guide tes choix de conception des fonctionnalités ?

Quand l’équipe de designers reçoit un problème, elle cherche à définir la meilleure solution sur laquelle travailler. Cela implique un ensemble de micro-décisions dans la conception des fonctionnalités, qui sont le gros du travail du designer. Chacune d’entre elles est aussi importante ! La plupart du temps on essaye d’avoir une bonne raison de prendre ces décisions, mais ce n’est pas toujours facile car on ne sait pas ce qui va marcher avant d’avoir essayé, et leur effet est parfois difficile à mesurer. Néanmoins un de nos guides chez Slack c’est le critère d’accessibilité, il nous permet d’arbitrer entre plusieurs solutions, de les argumenter. Il est en effet très important que Slack soit accessible, d’une part à ceux qui ont des difficultés particulières, mais aussi de façon générale, parce qu’on est tous un peu handicapés selon notre environnement : si il y a du bruit, du soleil, selon le terminal que j’utilise pour accéder à l’application…

Que penses-tu du phénomène décrié des dark patterns ?

Il est important de souligner la différence entre Slack et des entreprises comme Twitter et Facebook : ce sont des produits sociaux, ce sont des promesses et non des besoins. Ils n’ont pas besoin d’être utiles à leurs clients, seulement qu’ils passent le plus de temps possible sur leur plateforme. A l’inverse, Slack est un service payant qui ne s’achète que si nos clients comprennent la valeur qu’on apporte à leur organisation. S’ils sont assaillis de notifications, ils arrêteront tout simplement de souscrire à notre service. On est très critiques sur cette valeur ajoutée qu’on doit avoir aux yeux de nos utilisateurs. Donc si une dark pattern se retrouvait dans notre produit, ça serait une erreur !