Face à l’urgence, Neolithe innove à l’échelle industrielle

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Le BTP, en voilà un secteur aussi peu sexy qu’essentiel. Y oser l’innovation, c’est le pari ambitieux de la petite équipe de Neolithe. A travers leur tout jeune produit, l’Anthropocite, ils ambitionnent de réduire de 5% les émissions de CO2 en France, rien que ça. Retour avec Nicolas Cruaud sur la genèse de ce projet qui veut « industrialiser l’écologie » — qu’il nomme « écostrialisation ».

A l’origine de cette belle histoire, il y a un père qui est expert en matériaux et connaît le béton sous toutes ses coutures. Puis, il y a un fils à Polytechnique piqué par la fibre entrepreneuriale. Enfin, il y a un startup weekend organisé dans l’école, qui valide l’intuition et l’équipe du projet : Nicolas, son père, son frère et un ingénieur d’Agro ParisTech. On remue le tout et ça donne le premier granulat écologique pour routes et bétons. Une évidence qui n’en est une que rétrospectivement, comme nous l’avoue Nicolas sans honte : « Au début, on avait la technologie mais on ne savait pas comment l’employer. Au startup weekend, on a présenté une poubelle ! » — littéralement.

Du déchet à la route

Ce projet, qui était d’abord familial, est immédiatement repéré par le PDG de Vinci construction, membre du jury. Un encouragement qui pousse l’équipe à se confronter rapidement aux exigences de son marché, pour devenir une alternative viable aux solutions existantes dans le secteur. Neolithe est créé et avance alors « à tâtons » pendant quelques mois, le temps notamment pour ces jeunes entrepreneurs de finir leurs études et pour l’expert en béton d’assurer la première phase de R&D. Hébergés par plusieurs incubateurs, leur premier granulat au point, ils cherchent aujourd’hui à s’implanter dans la ville d’Angers, où il voudrait tester leur procédé à l’échelle industrielle.


Mais alors, comment ça marche cette histoire de béton écolo ? « On fossilise des déchets et on en fait du granulat utilisable par le secteur de la construction ». Non seulement les déchets sont sauvés de l’incinération, coûteuse et polluante, mais ils deviennent de nouveau une matière première, évitant également d’avoir à en extraire de nouvelles dans la nature. « Notre procédé réduit de 85% les émissions de CO2 du traitement des déchets. ». Par cette revalorisation des déchets, le granulat ainsi produit est à impact carbone négatif…

L’écologie prise au sérieux

Et derrière l’innocence du béton se cache une ambition bien trempée : industrialiser l’écologie. Nicolas souligne l’importance de cette démarche : « Aujourd’hui les initiatives écologiques sont encore locales et individuelles, or on est convaincus que ce n’est pas suffisant : on veut créer des industries qui font de l’écologie. » Derrière Neolithe, il faut donc voir l’entreprise d’une mission : « Notre objectif c’est l’impact carbone, après comment on le fait, c’est anecdotique. »

Une détermination nourrie à l’urgence climatique, qui veut voir l’écologie au coeur de nos modèles plutôt que comme une injonction fragile, à peine intégrée à l’économie. Face aux autres projets entrepreneuriaux écolos qu’il a croisé, Nicolas est ferme : « Je leur reproche de ne pas chercher des solutions qui s’appliquent à grande échelle ».

Pas à la mode ?

Nicolas Cruaud est conscient qu’entre la dernière innovation en réalité virtuelle et les robots livreurs, son projet manque de piquant, ce qu’il résume assez franchement : « Le BTP et les déchets, tout le monde s’en fout ». Chez Neolithe, point d’IA mais une simple innovation de produit, sur quoi il enchérit non sans un brin d’ironie : « Si on ajoutait les mots clés IA et blockchain, ça serait différent…  ».

Nous on l’aime comme ça, en dehors de toute gadgétisation technologique, les pieds sur terre — dans le granulat. On leur souhaite donc bon courage pour leur première ligne industrielle expérimentale, cet été.