Startup et IA : démêler le vrai du faux

Credit : Unsplash by Hitesh Choudhary

Alors que l’IA est sur toutes les lèvres, quatre des dix entreprises sur 10 qui affirment utiliser une telle technologie, ne le font, en fait, pas. Est-on en train d’assister à une arnaque ?

Après le point Godwin, le point IA. De quoi accuse-t-on, cette fois-ci, l’intelligence artificielle ? De voler le job d’un honnête travailleur ? De vouloir gouverner le monde ? Non. C’est du côté des start-ups que ça se passe. Car seules 60% des entreprises qui affirment faire de l’IA le font vraiment.

Ce chiffre étonnant est tiré du rapport «  State of AI 2019 : Divergence » de MMC Ventures, un cabinet d’investissements londonien, et Barclays, et repéré par le Financial Times (article payant).

2 830 jeunes pousses de l’écosystème ont été passées au crible dans 13 pays européens. Et, surprise, seules 1 580 d’entre elles ont réussi à prouver qu’elles utilisaient réellement l’intelligence artificielle. Autrement dit, 40% de ces start-ups ne développent pas d’apprentissage automatique, de réseaux neuronaux, ni de reconnaissance d’images.

Money, money, money

Le rapport précise que le nombre de start-ups s’étant qualifiées en IA est passé de 3% en 2015 à 8% en 2018. Cette augmentation peut s’expliquer par l’engouement croissant pour les applications de l’intelligence artificielle. Mais pas que. Toujours selon le rapport, le financement des start-ups en IA est 15% supérieur à celle d’une startup de développement plus classique. Autrement dit, pour attirer des investisseurs, faites de l’IA !

Le bullshit de l’IA est un sujet qui anime les connaisseurs. En 2008, des petits malins se sont amusés à créer un “Bingo Bullshit” à base de formules largement utilisées par les médias comme  “Les IA pourront bientôt”, “Le métier de X bientôt remplacé par une IA”. Pour autant, sommes-nous en plein “bluff technologique”, comme le qualifie Antonio Casilli dans son ouvrage En Attendant les robots ?

Juste une illusion ?

Avant de crier au scandale, l’un des problèmes majeurs réside dans la définition même de l’intelligence artificielle. Certains la décrivent comme le modus operandi d’un programme informatique. Pour faire court, on nourrit l’algorithme d’une multitude de photos d’un même objet d’étude. Le programme analyse les caractéristiques communes à toutes les images et finit par reconnaître avec exactitude l’objet lorsqu’on lui présente.

D’autres voudraient y inclure aussi les composants des appareils qui permettent ces technologies. Résultat des courses, personne n’est d’accord. Pas même Cédric Villani, qui, comme les précise Les Échos, a échoué à trancher et définir des limites claires dans son rapport rendu au gouvernement l’année dernière, “Donner un sens à l’intelligence artificielle”.

Bien que l’étude ne présume pas de la mauvaise foi des entreprises, certaines vendent leurs services comme de l’IA, alors qu’elles font appel à des micro travailleurs… Une attitude dénoncée par de nombreux médias en France et outre-Atlantique.

Bref, au bullshit bingo de l’IA, difficile de déclarer un vainqueur.