Crédit : Prêt à Pousser

Devant le regard interloqué de Jérôme Devouge et Romain Behaghel, une petite grappe de champignons a grandi par hasard en 2013, sans qu’on ne lui demande rien, dans un espace végétalisé à l’intérieur de l’enceinte d’une école de commerce parisienne. Les deux amis s’interrogent, apprennent que les champignons peuvent aisément pousser dans le marc de café, riche en azote, phosphore et potassium. Intrigué, ils tentent l’expérience à domicile, avec succès. L’idée semble bonne, pourquoi ne pas la commercialiser ?

Starbucks, Lilo, et Basilic

Durant plus d’un an, les deux amis recyclent le marc de café de plusieurs Starbucks de la capitale, qu’ils collectent quotidiennement à bord d’une Kangoo électrique pour faire pousser des champignons dans leur petit atelier situé au nord de la ville… La vente de leurs kits à champignons combinée à une heureuse campagne Kickstarter leur permet alors de financer une phase de recherche et développement de deux ans, afin de sortir leur second produit : Lilo, un coquet petit potager d’intérieur, affranchi d’herbicide et pesticides, pour cultiver à domicile ses propres herbes et petits légumes. Prêt à Pousser est alors lancée, après deux levées de fonds permettant à Jérôme et Romain de récolter près de deux millions d’euros. Epaulés par une vingtaine de personnes, sans compter les dix recrues prévues pour l’année 2019, les deux amis ont également sorti une version plus complexe de leur potager Modulo, conçu toujours selon le même principe : insérer des capsules de plantes, qui contiennent les graines bio, le terreau et les nutriments pour vos plantes dans des flotteurs, en contact avec un récipient d’eau surplombé par un système de lumière artificielle LED. Les graines germes au bout de trois à dix jours, et il est possible de récolter ses plantes au bout d’un mois. Parmi les plantes proposées, des mini fruits et légumes, des fleurs et des herbes aromatiques. « Notre best-seller, le basilic, est souvent le premier essai que font les gens, assorti de plants de tomates cerises. Une fois que nos consommateurs, en général de jeunes urbains, se sont assurés de la viabilité du dispositif, ils enchainent en général avec des achats plus aventureux, comme de l’agastache ou de la mélisse », nous précise Jérôme.

La recette de leur succès : miser sur le design du produit, en utilisant du matériel comme le bois, et proposer une large gamme de produits premiums à un prix inférieur à celui du marché.

Pas de repos sur ses lauriers

Pour continuer de séduire les clients, Jérôme et Romain doivent faire face à un défi permanent : le contrôle qualité. « Et ce n’est pas aisé, lorsque l’on travaille sur du vivant dont la bonne santé dépend aussi en partie des conditions inhérentes aux domiciles de nos clients et des fournisseurs auprès de qui nous faisons le plein de graines à semer… », explique Jérôme. Pour maintenir une qualité irréprochable, les deux entrepreneurs s’assurent par exemple toujours de tester entre six et vingt semences avant de sélectionner la bonne.

Afin de se bénéficier des compétences qui leur manquaient, Jérôme et Romain se sont entourés d’ingénieurs en agriculture, leurs premiers recrutements. A ce jour, cinq ingénieurs en biologie végétale travaillent au développement des produits, suivant différents canaux de recherche. Tout d’abord, améliorer les produits existants, en jouant sur la qualité de la lumière et des nutriments, et essayer de les simplifier. « L’objectif est de faire en sorte que les clients ne puissent pas rater la pousse de leurs produits, en ayant à en faire le moins possible », confie Jérôme. Ensuite, étendre la gamme, en proposant de nouvelles variétés de légumes, comme des carottes ou des radis…

Aujourd’hui, avec un chiffre d’affaire d’environ 3 millions d’euros et près de 70 000 clients français très fidèles, les deux amis s’apprêtent à boucler une troisième levée de fonds afin de s’internationaliser. En ligne de mire, l’Allemagne et l’Angleterre, deux pays qui ont séduits les deux entrepreneurs par leur taille, la maturité du marché du bio et leur appétence pour ce type de produit, fortement stimulée par l’absence de soleil.