Marion Carré, Ask Mona : « notre chatbot est un véritable média culturel interactif »

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Ask Mona, créé en 2017, est un chatbot de recommandations personnalisées de sorties culturelles. En proposant des offres d’assistants personnels pour les lieux culturels aux acteurs, ils ont trouvé leur modèle économique. Nous avons discuté avec Marion Carré, sa CEO, pour discuter des enjeux de développement d’une startup dans la culture.

 

Pouvez-vous nous raconter la genèse de la startup ?

Ce projet est né d’un précédent, un blog que j’avais sur l’histoire de Paris sur lequel j’avais une petite communauté de lecteurs qui me demandaient régulièrement des recommandations de sorties culturelles via la page Facebook du blog. Ces demandes étaient régulières, donc avec mon associé, nous avons travaillé sur une automatisation de ces recommandations.

L’idée a toujours été de mettre vos propres recommandations en avant ?

Oui. L’idée c’était de se dire qu’effectivement, il existe des sites de recommandations, mais il y a le même contenu pour tout le monde. C’est très bien quand on a le temps de regarder et de flâner. Nous nous sommes dits qu’au contraire, lorsque l’on improvise une sortie, on a pas trop le temps de lire plein de contenu pour trouver le bon. Donc notre partie pris, c’est de se dire qu’en fonction de ce que cherche les personnes et de la façon dont elles l’expriment au chatbot,  on va leur proposer quelque chose que nous recommandons au par ailleurs.

Comment fonctionne concrètement la solution ?

Il y a deux façons d’utiliser Ask Mona. Il y a des personnes qui aiment bien être guidées, donc il y des boutons et tout un arbre de décision associé pour ces personnes, et d’autres personnes qui aiment poser une question ou exprimer une demande. Dans ce cas, nous utilisons le Natural language processing pour comprendre les phrases des utilisateurs. En fonction de ce que l’on comprend, on va, grâce à nos algorithmes, chercher ce que nous avons en base de données qui peut correspondre. On croise bien entendu avec d’autres critères, comme la localisation de la personne, ce qui est ouvert ou fermé. On a par contre un parti pris : on ne stocke pas les données de recherche des personnes pour baser nos recommandations dessus, dans le sens où je pense qu’au lieu d’enfermer les personnes dans des recommandations parce qu’une fois elles nous ont demandé du théâtre, on ne leur propose que du théâtre. On est vraiment là pour être une sorte de moteur de recherche culturelle.

Quand est-ce qu’est arrivée la seconde activité, le studio d’assistant personnel pour des lieux culturels ? Pourquoi ?

Six mois après avoir lancé le chatbot “média”, des lieux culturels sont venus nous chercher en nous demandant s’ils pouvaient avoir leur propre solution. C’est là que nous avons commencé à imaginer le studio. Côté modèle économique, on a bien vu que c’était la voie de développement la plus intéressante. Nous sommes donc partis sur ce mode de fonctionnement là. Sur le studio, on fait quelque chose d’assez chouette en créant une sorte d’intelligence artificielle pour les lieux culturels. Comme nous faisons les chabots de pas mal d’institutions culturelles, on les entraîne tous ensemble pour les rendre plus performants et petit à petit, c’est en train de devenir vraiment quelque chose d’intéressant sur le côté intelligence artificielle dans la culture. On est content d’avoir cette deuxième casquette. Les recommandations ne sont pas sponsorisées donc c’est avec notre studio que nous arrivons à gagner de l’argent.

Le produit destiné aux institutions culturelles est basé sur le chatbot d’Ask Mona ?

Il y a de petites évolutions par rapport au Ask Mona “de base”. On s’est basé sur les différents temps qui articulent une visite. Certains chabots fonctionnent avant la visite pour aider à sa préparation. Ils ont certaines similarités avec Ask Mona et quelques fonctionnalités en plus. D’autres assurent la médiation pendant la visite. Et enfin, nous avons des chabots qui sont là pour proposer des contenus plus ludiques, pour venir engager l’utilisateur. Pour créer le chatbot, nous assistons le lieu culturel. Nous faisons en sorte qu’à la fin, le lieu culturel est autonome, dans le sens où ils ont un back-office, ils peuvent gérer les contenus. Bien entendu, nous les accompagnons dans la mise en place du chatbot ou la communication autour car c’est un format un peu nouveau.

Est-ce difficile d’être une startup dans le monde culturel ?  

Avant nous, quelques startups avaient ouvert la voie et avaient fait un travail de défrichage. Les lieux culturels sont assez ouverts aux startups, dans le sens où ils aiment bien l’idée d’innover, d’être challengé et de proposer de nouveaux services à leurs publics et de penser le futur de l’institution culturelle. On est plutôt accueillis à bras-ouverts. Après, bien entendu il y a des contraintes inhérentes à ce secteur-là, comme le financement et qui peuvent être des freins à l’innovation. Dans le monde des startups, beaucoup sont un peu effrayé pars la réputation du secteur culturel. C’est un cliché qui a la vie dure. Mais nous avons eu la chance de rencontrer des partenaires, notamment des investisseurs qui n’avaient pas ce genre de craintes.