Dis-moi comment tu payes, je te dirai d’où tu viens

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Cet article est le troisième d’une série traitant de la pluralité de nos usages des technologies à l’échelle européenne.

Tous les jours, parfois plusieurs fois. La fréquence s’applique à plusieurs choses, mais surtout au paiement ! Que l’on règle son café en terrasse, le contenu d’un caddie en supermarché, son abonnement Netflix ou son cours de Yoga bikram, nous sommes tous quotidiennement amenés à devoir – métaphoriquement bien entendu, dégainer notre bourse. A titre d’exemple, plus de 400 transactions par carte bancaires sont réalisées à chaque seconde sur le seul territoire Français. Et si encore une fois l’Europe embrasse globalement des tendances similaires, on n’y paye pas de la même manière dans tous les pays…

Malgré un socle commun…

Aujourd’hui, les tendances de fond sont bien sur fortement impactées par le cadre législatif commun à l’Europe. Deux éléments contribuent à redéfinir les services bancaires et de paiement : la réglementation DSP2, directive européenne sur les services de paiement qui rend obligatoire l’authentification pour les paiements de plus de 30 euros, et le mouvement d’Open Banking, et, qui fait naître de nouvelles opportunités pour les consommateurs. Inès Visinet, Directrice marketing France et Italie chez Adyen, entreprise néerlandaise de service financier spécialisée dans le paiement électronique, explique : « En libérant la donnée bancaire, la directive DSP2 permet le développement de nouveaux services financiers, d’information sur les comptes ou d’initiation de paiement en contrepartie d’une sécurité accrue. On peut notamment évoquer, sous l’impulsion de la DSP2, l’arrivée du protocole d’authentification 3DSecure 2.0. Ce protocole vise à mieux sécuriser les achats en ligne mais aussi à améliorer l’expérience de paiement des acheteurs. Une évolution qui fluidifie le processus d’achat et renforce la lutte contre la fraude. »

En termes d’usage, on observe en Europe l’émergence de plus en plus marquée du paiement sur mobile. Inès poursuit : « D’ici 2025, 70% des Français pensent pouvoir payer leurs achats de moins de 20 € par smartphone. Selon les prévisions, en 2021, le commerce mobile devrait représenter plus de 38% de toutes les ventes en ligne (1). » De la France à la Roumanie en passant par la Finlande et l’Italie, le mobile devient un élément central du parcours client et se transforme en un moyen de paiement essentiel. La Directrice marketing explique que cette tendance s’explique par l’apparition des wallets (Apple Pay, Google Pay…) à travers lesquels des solutions d’authentification qui simplifient l’achat apparaissent, comme la reconnaissance faciale ou empreinte digitale, mais aussi par l’émergence en Asie d’Alipay ou WeChat Pay, incontournables pour les touristes asiatiques de plus en plus nombreux à visiter l’Europe. Aurélie Tible, Directrice marketing du groupe Lyra, qui propose des solutions sécurisées de paiement pour le e-commerce et la proximité, surenchérit : « Payer en ligne est une pratique relativement récente pour la Chine, qui a court-circuité les étapes que l’on a connu en France avec la CB et oblige les métropoles touristiques à s’aligner, et Paris en particulier ! »

…pas de monnaie courante!

Malgré cet alignement, de grandes disparités s’observent toujours en Europe en termes de paiement online ou offline, et ce pour des raisons purement culturelles.

En France, c’est le paiement par carte bancaire qui domine, online et offine, entrainant dans son sillon la démocratisation du paiement sans contact. « Et dans la vie courante, le chéquier est encore assez utilisé dans l’hexagone, alors qu’il n’existe plus en Grande-Bretagne ! », précise Aurélie Tible. « En outre, les Français ont beaucoup recours aux facilités de paiement, qu’il s’agisse d’un paiement en plusieurs fois ou bien d’un paiement à crédit, ce qui est très inhabituels pour les Allemands, qui comme les Néerlandais auront beaucoup plus tendance à payer en ligne en une fois par virement (Sofort) ou prélèvement (SEPA). » Aux Pays-Bas, c’est le système interbancaire (iDEAL) qui est le plus utilisé, par lequel l’acheteur n’utilise pas les chiffres de sa carte mais directement ses codes de banque. « Et en Italie, le paiement en espèces est encore très ancré dans les usages alors que les pays scandinaves progressent vers la quasi disparition des espèces, à l’image de l’explosion en Suède de l’application de virement Swish », décrypte Inès Visinet.

Seconde explication à ces inégalités : les législations particulières. Les lois de chaque pays encadrent l’utilisation des moyens de paiement, fixent les limites et les règles que les commerçants doivent suivre. Le wallet Apple Pay par exemple, n’est pas apparu en même temps dans tous les pays européens, et les systèmes interbancaires propres à chaque pays sont à l’origine de certains moyens de paiement spécifiques, comme iDEAL au Pays-Bas.

A quoi doit-on s’attendre à l’avenir en matière de paiement en Europe ? Inès Visinet nous livre son avis : « La réglementation DSP2 est un tremplin pour l’innovation en matière de paiement qui stimule la création de nouvelles expériences utilisateurs. Les données biométriques (empreintes digitales, reconnaissance vocale ou faciale) et l’authentification forte telle que le 3DS 2.0, qui sera largement mis en œuvre dans les mois qui viennent, en sont des exemples. Les prochaines évolutions de la DSP2 verront certainement naître d’autres innovations, telles que l’Instant Payment, solution de virement instantané entre comptes bancaires. »


(1) Source : eMarketer