Dis-moi comment tu navigues, je te dirai d’où tu viens

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Cet article est le second d’une série traitant de la pluralité de nos usages des technologies à l’échelle européenne.

Surprise, surprise : de plus en plus d’utilisateurs d’Internet dans le monde, à la recherche de clips de k-pop et de GIFS de chats mignons …

En janvier 2019, le nombre d’internautes s’élevait à 4,39 milliards, soit une augmentation de 366 millions de personnes (représentant près de 9%) par rapport à janvier 2018. Avec un taux de pénétration de plus de 94% et six heures de navigation par jour en moyenne, l’Europe est d’après une étude(1) le deuxième continent le plus connecté du monde, talonnant de près l’Amérique du Nord (95%), et bien devant l’Asie du sud (42%) et l’Afrique de l’est (32%).

Pas d’écarts aussi importants au sein même de l’Europe, mais néanmoins un certain nivellement si l’on y regarde d’un peu plus près…

Devices et moteurs de recherche

En tête du peloton des pays jouissant de la meilleure couverture Internet, les Pays-Bas et le Luxembourg (95%). Un peu à la traine, la Bulgarie et la Roumanie (80%), et au milieu, l’Allemagne et la France (94%), où selon une étude de Médiamétrie, plus de 53 millions de personnes se sont connectées chaque mois à Internet en 2018…

Mais au-delà de ces disparités mineures en termes de connexion, les modes de navigation ne sont pas complètement uniformes, et ce malgré le renforcement de certaines tendances de fond communes.

Hélène Lecompte, Responsable des relations extérieures chez Lilo, moteur de recherche qui finance des projets sociaux et environnementaux, observe une tendance globale à laquelle sont soumis tous les pays européens : la diversification du marché. Ce dernier a évolué d’une offre générique et par défaut, à savoir celle de Google, à une offre plus éclatée et éthique. « Initialement, le marché des anti Google était extrêmement affinitaire », constate Hélène Lecomte. « Nos consommateurs étaient des early adopters très engagés, qui s’intéressaient à des solutions pionnières responsable. Aujourd’hui, la tendance s’est développée, et ce dans toute l’Europe, avec des profils d’utilisateurs de plus en plus disparates. » Cette tendance est loin de s’essouffler, comme en témoigne l’envolée des demandes de moteurs de recherche alternatifs, notamment de la part des entreprises. En cause : la fameuse RGPD, nouvelle législation entrée en application en mai dernier, qui renforce et harmonise la protection des données pour les individus au niveau de l’Union Européenne. « Ce cadre réglementaire va structurer le marché et exacerber la tendance », prédit la responsable de chez Lilo.

Eric Léandri, fondateur et PDG de Qwant, moteur de recherche français qui protège les libertés de ses utilisateurs et entend préserver l’écosystème numérique, indique de son côté : « Les italiens par exemple aiment planter des arbres en faisant des recherches, ce qui les conduit à privilégier des acteurs comme Ecosia plutôt que des acteurs plus axés sur la protection des data. »

En ce qui concerne le choix des devices utilisées pour naviguer, le PDG précise que Italiens et les Espagnols ont plutôt tendances à favoriser les Android, tandis que les Français et les Allemands ont plus recours aux Iphone, principalement pour des raisons de pouvoir d’achat.

Accès à l’information et forums

Si partout en Europe les requêtes les plus souvent effectuées sont sans surprise “Facebook” et “Youtube”, le fondateur de Qwant a également noté certaines différences dans la manière qu’on les internautes de naviguer : «Toutes les nationalités naviguent dans leur propre langue, mis à part les Scandinaves, plus en recherche de contenus internationaux lorsqu’il s’agit d’information, et sont plus enclins à consulter des sites de références internationaux, comme TechCrunch.com ou le Washington Post. »

A souligner également : la manière dont certains usages culturels prévalant in real life se répercutent sur la manière dont les Européens surfent sur Internet. Selon la startup française Content Square, les Espagnols sont par exemple encore très attachés à l’aspect social de l’achat en boutique. Cette dimension va se traduire dans le e-commerce et dans la manière dont les Espagnols vont interagir, en investissant plus qu’ailleurs en Europe, blogs, forums et la section des avis en bas de page, pour recréer la convivialité de l’acte d’achat…

Et pour information, c’est toujours bien la chanson Despacito qui figure à la première place des vidéos les plus vues sur Youtube, et ce dans tous les pays d’Europe. Rien de très glorieux, en somme.


(1) We Are Social et Hootsuite, 2018.