eOdyn, le grand aventurier de la navigation maritime

Fondée en 2016, la startup brestoise eOdyn mesure les courants de surface des océans à partir des données de géo-localisation transmises par les navires. Yann Guichoux, son CEO, nous explique comment les algorithmes risquent de changer le domaine de la navigation maritime.

 

Pouvez-vous nous raconter la genèse de la startup ?

J’ai travaillé pendant une dizaine d’années dans le domaine de l’océanographie opérationnelle pour des clients comme l’IFREMER et Météo France. Puis dans l’administration dans la sécurité maritime, notamment dans une division R&D dans les télécommunications appliquées à la surveillance maritime. Cela m’a permis de développer une expertise dans la technologie AIS, le système qui permet de suivre le trafic maritime en temps réel. Un peu comme les boîtes noires des avions. Grâce aux données de ces boîtes, eOdyn reconstruit les informations sur les courants.  

Nous avons mis au point une technologie d’observation des courants marins de surface en analysant le comportement des navires. Grâce au machine learning, simplement en regardant les bateaux naviguer et en analysant leurs mouvements, nous sommes capables simplement de remonter une information sur les courants marins, à l’échelle globale et en temps réel. C’est une première mondiale, qui a été brevetée. Cela permet d’avoir une couverture des océans exceptionnelle par rapport aux moyens habituels. Notre premier produit est une sorte de « Waze des mers ». Il fournit des informations à bord des navires, ce qui leur permet d’utiliser les courants porteurs et ainsi réduire à la fois leur consommation de carburant et leurs émissions de CO2.

 

Comment fonctionne le calcul des courants de surface jusqu’à aujourd’hui ?

Il y avait jusqu’à présent trois technologies différentes pour observer les courants. La première, ce sont des bouées dérivantes, lâchées en mer et tracées par GPS. C’est la plus ancienne et elle a ses défauts : il faut aller notamment les placer en mer. Il existe également des radars haute-fréquence, déployée sur les côtes, qui permettent de mesurer la vitesse du courant en exploitant l’effet Doppler. La contrainte, c’est que ça coûte très cher à déployer et entretenir et la portée est relativement limitée. Le troisième moyen, le plus récent, c’est l’altimétrie satellitaire, qui détermine les bosses dans l’océan grâce à des satellites de l’ESA, le CNES ou de la NASA. A partir de ces mesures on peut déduire par approximation une information sur les courants marins. Cette technique est onéreuse. Le prochain satellite altimétrique, que le CNES et la NASA prévoient de lancer, le satellite SWOT a un budget de 1,4 milliard d’euros. Ce qui explique qu’il n’y ait que sept satellites actuellement qui permettent de mesurer les courants marins.

 

Qu’apporte eOdyn de nouveau dans la navigation maritime ?

Nous nous basons sur des données qui existaient déjà, mais qui n’étaient pas exploitées pour observer les courants marins : les données AIS. C’est, à l’origine, un moyen de sécurité maritime qui permet notamment de limiter les risques d’abordage entre navires. Mais les données sur l’environnement marin sont tout aussi intéressantes.

La rupture technologique est donc bien réelle. Sept satellites en orbite, ça voulait dire, à un moment donné, sept points de mesure des courants. eOdyn, avec sa technologie et ses algorithmes, c’est plus de 100 000 points de mesure. Ça améliore fortement la précision et la couverture. eOdyn est la première société au monde à avoir la capacité d’observation des courants marins globale et en temps-réel, et cela grâce à la magie du numérique et du traitement de données.

 

Comment imposer votre produit dans l’offre plus large concernant la navigation maritime ?

Il y a d’une part les partenariats sur des projets spécifiques avec de grands groupes. Nous avons plusieurs services dans les tuyaux de ce type. Mais concernant le « Waze de la mer », notre produit phare, nous allons déployer de manière assez importante des boîtiers à bord des navires pour pouvoir fournir à bord, en temps réel et de manière autonome, les informations sur les courants.

 

L’intelligence artificielle est-elle déjà exploitée dans l’univers de la navigation maritime ?

Le maritime est, il faut le dire, un secteur qui n’a pas la réputation d’être dans les secteurs de pointe en termes de technologie. Malgré tout, il y a une tendance de fond depuis la fin des années 90, avec l’avènement de ce qu’on appelle « l’e-navigation » : l’amélioration des équipements de bord, le déploiement de systèmes communicants ou encore le suivi de navire. On a vu apparaître de plus en plus de données sur les navires ou leurs cargaisons. Aujourd’hui, toutes ces données-là commencent à être exploitées. Depuis cinq ans, on a vu émerger des entreprises qui développent des choses autour de la logistique, le transport de containers, etc. Mais il y a encore beaucoup à faire.