Urban Harvest : une ferme verticale dans un ancien abattoir

Credit : Urban Harvest

On le sait, nourrir 7 milliards d’êtres humains (et des poussières), est un défi de plus en compliqué, entre sécheresse, pollution, et appauvrissement des sols. Alors pour apporter leur petite pierre à l’édifice, Olivier Paulus (à gauche) et Alexandre Van Deun (à droite), deux jeunes bruxellois, s’apprêtent à ouvrir la plus grosse ferme verticale du Bénélux.

Pas convaincus par les solutions clés en main qui existaient déjà sur le marché, Alexandre et Olivier ont mis au point leur propre dispositif pour cultiver des plantes aromatiques, (persil, basilic et coriandre…), destinées à l’alimentation. L’objectif : produire localement, hors sol, et sur plusieurs niveaux, en monitorant de près taux de CO2, température et lumière en fonction des types de semences. Le procédé s’inscrit dans une démarche durable, car il ne nécessite pas de modifier génétiquement les plantes et est complètement affranchi des herbicides. Il est également peu gourmand en eau et absorbe une partie du dioxyde de carbone généré par la ville, une fois filtré pour éliminer toutes traces de particules fines. L’ambition : bousculer le marché de la distribution aux supermarchés. La première graine de Urban Harvest, basée à Bruxelles, est plantée…

Alexandre Van Deun, cofondateur de Urban Harvest, a répondu à nos questions.

Comment vous y êtes-vous pris pour concevoir votre dispositif ?

Olivier est ingénieur industriel de formation, il a donc pu dessiner et concevoir en deux mois (de mars à mai 2018) les bases de notre dispositif, qui comprend alimentation en eau, absorption de C02 et gestion d’ampoules LED, qui se substituent au soleil. Notre installation était située au sein d’un entrepôt accolé à un supermarché, ce qui nous a permis d’établir un contact direct avec les gérants, employés et clients du lieu… Cette partie du processus nous a permis de nous lancer et de valider rapidement plusieurs choses : les concepts techniques (Est-ce-qu’on sait faire pousser une plante ? Est-ce-qu’on aime le faire ? Est-ce-que cela fonctionne ?), et l’appétence des consommateurs pour des plantes cultivées dans un environnement complètement optimisé et contrôlé. Durant ces quelques mois, nous avons pu tester nos premières cultures et sonder les avis. Début juin 2018, nous avons commencé à livrer à nos premiers supermarchés. A partir de là, tout s’est emballé et nous avons signé de nouveaux clients. La demande était encourageante, mais notre capacité de production limitée. Nous avons donc commencé à préparer un premier tour de table (250 000 euros), bouclé en trois semaines auprès de quatre business angels, afin de récolter les fonds nécessaires pour construire une ferme verticale de plus grande envergure.

Où en-êtes vous aujourd’hui?

A un point d’inflexion ! La construction de la ferme, que nous avons commencé en décembre 2018, sera bouclée d’ici un mois. Elle est située à Bruxelles, dans un ancien abattoir, qui a récemment fermé étant donné que la consommation de viande y est grandement en recul. Nous partageons le lieu avec d’autres sociétés, comme Champignons de Bruxelles, qui produit des champignons, ou encore la plus grosse serre européenne, qui s’étend sur près de 2000m2. De manière complètement littérale, nous prenons la place du marché de la viande. Et nous sentons une traction commerciale de plus en plus forte ! A ce jour, la phase de test est clôturée, et nous nous apprêtons à passer à échelle. Une fois que nous serons tout à fait opérationnels, nous serons le deuxième plus gros producteur d’aromatiques de Belgique. Nous espérons nous étendre à l’Europe dès 2020.

Quel a été votre plus gros défi ?

Au début, nous n’avions aucune idée de comment faire pousser une plante ! Nous ne savions pas comment faire pour passer d’une semence à une plante. (Rires) Pour répondre à ces questions, nous nous sommes entourés de personnes ayant cette expertise et pouvant nous aider à résoudre nos interrogations : de quelle température une plante a-t-elle besoin le jour ? La nuit ? De quel taux d’humidité ? Les paramètres à surveiller étaient nombreux ! Nous nous sommes aussi plongés furieusement dans la littérature du secteur pour savoir quelle était notre marge d’erreur : que pardonne la plante, et qu’est-ce qui lui est fatal ? En ce qui concerne la construction de notre dispositif, nous avons aussi dû tester plusieurs configurations : quel type de lampes LED combiné à quel type de pompe à air ? Comme nous étions résolument décidés à proposer nos produits au même prix que ceux issus de l’agriculture traditionnelle, afin de ne pas dissuader nos clients, il nous a fallu surveiller de près nos marges commerciales… Il était hors de question pour nous de nous lancer dans cette aventure si nous n’étions pas capables de rivaliser avec les prix du marché !