RogerVoice, rendre le téléphone accessible aux malentendants

Les administrations et grandes entreprises ont, depuis octobre 2018, l’obligation de rendre leurs services téléphoniques accessibles aux sourds et aux malentendants. Une opportunité pour RogerVoice, développé par Olivier Jeannel. Sa solution de synthèse vocale et de transcription des appels grâce à l’IA a déjà été choisie par de nombreux groupes.

 

« À l’origine, je ne voulais pas créer une solution, simplement un outil pour m’aider. Mais j’ai vite réalisé que ça pouvait être utile à beaucoup plus ». Né en Californie, Olivier Jeannel devient sourd-profond à l’âge de 2 ans. Par chance, l’état américain est avancé dans la prise en charge des malentendants et il bénéficie, dans sa vie de tous les jours comme à l’école, notamment à l’université de Berkeley, de services adaptés. Il a à sa disposition un centre de relais d’accessibilité téléphonique, avec un opérateur téléphonique qui l’assiste dans ses tâches. Mais en rentrant en France pour poursuivre son cursus à Science Po, c’est le choc. Il découvre un pays bien moins accessible. Ces premières actions se concentreront sur changer la donne dans l’école, où il crée par exemple la page d’accueil et d’informations du site pour les étudiants handicapés.

De la persévérance

Mais il ne s’arrêtera pas là. Poursuivant sa carrière chez un gros opérateur téléphonique français, il a le déclic lorsqu’il découvre la technologie de synthèse vocale Siri d’Apple. Les technologies de synthèse vocale et de transcription automatique peuvent changer le quotidien des déficients auditifs. Problème, il est lui-même sans compétences en développement ni en design. Persévérant dans la quête de cet outil ultra-complet qui tiendrait dans un smartphone, il ne baisse pas les bras et choisit de s’entourer pour réussir à créer la solution. C’est ainsi qu’est lancé en 2015 la première version de RogerVoice. L’application naît sur Android, qui avec plus d’un milliard d’usagers et peu de limitations au développement, est « la plateforme idéale pour créer une solution accessible au plus grand nombre ».

L’application a bien grandi. Gratuite entre utilisateurs, et reposant sur une formule d’abonnement pour les appels externes, elle est aujourd’hui accessible sur Android et iOS et disponible dans plus de 100 langues. Faisant tomber les frontières, c’est aussi par la multiplicité des services proposés en une seule interface que l’application combat les handicaps. Elle repose sur la combinaison de prestations d’intermédiation humaines telles que des interprètes diplômés en langue des signes et des services reposant sur l’IA, notamment la transcription automatique, la reconnaissance automatique de la parole et la synthèse vocale. Elle est même compatible avec les claviers en braille. « L’application n’est pas imposée à tout le monde », rappelle cependant le CEO, pour qui, par essence, il était primordial de ne pas limiter les utilisateurs porteurs de handicaps à leurs pairs uniquement. En effet, les appels émis depuis l’application transitant via un serveur VoIP, l’utilisateur lambda restera sur son interface classique. Par contre, l’utilisateur de RogerVoice aura la transcription et la synthèse vocale à sa disposition.  

La loi comme accélérateur

Depuis le 8 octobre 2018, les opérateurs de télécoms, les grandes entreprises et les administrations ont l’obligation de rendre leurs services téléphoniques accessibles aux sourds et aux malentendants. Incontestablement, pour Olivier Jeannel, militant au-delà de son rôle de CEO de startup, c’est « une victoire, qui appartient aux associations. » Car si cette loi devrait apporter de nombreux nouveaux marchés à RogerVoice — OUI.sncf et Allianz Partners ont intégré la solution à leur service clientèle et la startup espère en convaincre bien d’autres — elle était très attendue, rappelle-t-il, dans un pays qui compte six millions de personnes sourdes et malentendantes. RogerVoice, logiquement, focalise ses efforts sur le B to B. L’objectif, tout en renforçant encore l’accessibilité de ses services et de convaincre les entreprises de ne pas « se limiter au strict minimum » pour se conformer à la loi. Et Olivier Jeannel en est convaincu, tout le monde sera gagnant : « Cela permet aux personnes de retrouver leur indépendance. Tant du côté des usagers sourds et malentendants, que de leur entourage. »