Le défi de l’obsolescence programmée dans la tech

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Pollution invisible, exploitation de populations défavorisées, pillage des ressources naturelles… Autant de chefs d’accusation sous le terme énigmatique d’« obsolescence programmée ». Le défi : infléchir notre tendance à la consommation effrénée de produits — notamment technologiques, traités comme de vulgaires produits périssables, au grand damn de notre planète. Si le combat avance grâce au travail des militants, c’est également un nouveau marché qui s’ouvre : celui des produits tech durables. Pour en finir avec l’antagonisme entre technologie et écologie…

La fin de l’année 2018 a été celle de la chute des ventes d’Iphones, « en raison d’un taux de renouvellement plus faible qu’espéré » souligne Tim Cook dans un communiqué officiel du 2 janvier. Derrière ces termes techniques, il faut entendre que les clients d’Apple ont été moins nombreux à racheter un nouveau smartphone. Ce constat, on le doit notamment au scandale des batteries…

Responsabiliser les industriels…

Il y a un an, l’association de loi 1901 Halte à l’obsolescence programmée (HOP) portait plainte contre le géant, dénonçant sa stratégie délibérée de réduction de la durée de vie des Iphones, à travers leur « bridage ». Protégeant ses intérêts financiers, la firme est accusée de pousser ses utilisateurs à remplacer leurs smartphones trop rapidement. Le travail de HOP, de concert avec celui d’associations américaines porte ses fruits : depuis, les propriétaires d’iPhone ont la possibilité de remplacer leur batterie chez Apple pour 29 euros — les batteries étant évidemment très difficiles à changer soi-même, ce qui représente moins de la moitié du tarif alors en vigueur. Selon les estimations, la firme aurait alors remplacé par moins de 11 millions de batteries au cours de l’année 2018, alors qu’elle n’en changeait qu’un à deux millions par an auparavant. Un surcoût mais surtout un manque à gagner important, puisque tous ces utilisateurs ont renoncé à l’achat d’un nouveau modèle.

Le défi de l’obsolescence ne se fera pas sans la responsabilisation des industriels. C’est du moins ce que soutient la fameuse association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, qui propose elle aussi un dispositif de lutte contre ce phénomène à l’occasion du Grand Débat national. Elle pointe du doigt la « garantie légale de conformité », une disposition du Code de la consommation qui autorise un délai de garantie de deux ans pendant lequel un client peut se plaindre d’un défaut se manifestant dans le produit. L’association préconise un allongement cette durée légale, notamment sur les produits high-tech, « inciterait les industriels à produire des biens durables ».

… Ou promouvoir les alternatives ?

S’il s’agit de mettre les principaux responsables face à leurs abus, l’enjeu est également de permettre à de nouvelles solutions d’émerger comme autant d’alternatives. Et les consommateurs ont aujourd’hui la chance de voir se multiplier ces produits vertueux. C’est dans ce sens que l’association HOP a lancé sa propre plateforme, produitsdurables.fr, avec pour vocation d’aiguiller les consommateurs vers les produits faits pour durer. Au rayon smartphones, la première place de leur classement est ravie par la startup hollandaise Fairphone, qui a conçu le premier téléphone modulaire au monde. Encore un pieds de nez à l’iPhone !

On compte aussi la pépite française Back Market, qui, se réclamant de cette lutte contre l’obsolescence des produits technologiques, s’est imposée depuis 2014 comme le leader du marché du reconditionné. A travers son système de remise en état, elle permet d’économiser à la planète la pollution matérielle liée à nos outils technologiques : acheter le dernier iPhone remis à neuf permettrait d’ « éviter 174 grammes de gâchis électronique ». Même combat pour la startup à l’origine de l’Increvable, « première machine à laver pensée dès sa conception pour pouvoir être facilement réparée et améliorée au fil du temps ». Preuve que la réparabilité de nos outils technologiques est une question de choix et que les startups françaises ne sont pas en reste sur le sujet.

Un défi collectif

Enfin, l’association Zero Waste France nous invite à un défi de taille : ne rien acheter de neuf en 2019 — sauf alimentaire, produits d’entretien et cosmétique. L’ambition est nationale : rien de neuf espère rassembler 100 000 participants en France cette année. Autant de petits pas qui comptent contre l’imminent problème de l’obsolescence programmée, délit reconnu dans la loi de transition énergétique de 2015. Alors rangez-moi ce panier et allez plutôt chercher un tournevis !