Les talents et la tech #4 : Le phénomène freelance

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Cet épisode est le quatrième d’une série d’articles traitant des enjeux de recrutement et de rétention des talents dans le monde de la tech. Ici, nous abordons la question du freelancing sous toutes ses coutures.

On compterait cette année autant de freelances que de salariés travaillant pour Alphabet. Les organisations de demain, plus flexibles, vont-elles devenir de simples plateformes ? Pour le moment, la réalité rattrape le fantasme : le sacro-saint CDI et ses avantages résistent, mais de nouveaux acteurs gagnent du terrain. Ils ont bien compris les évolutions du marché et ont réussi à se faire l’intermédiaire entre les entreprises et les talents d’aujourd’hui et de demain. Regards croisés de Vincent Huguet, CEO et cofondateur de Malt, qui permet à la première communauté de freelances en France de s’investir sur les projets de ses clients et d’Edouard Tiem, chargé du développement chez talent.io, spécialisé dans la mise en relation entre entreprises et profils tech.

Commençons par ce constat limpide et nécessaire : le travail de demain est celui qui a du sens pour celui qui s’y emploie. Les babyfoots et autres cantines gratuites ne suffisent plus, seules les missions importent : « On ne choisit plus une boîte pour ses conditions de travail, on choisit un projet sur lequel on veut s’impliquer » estime Vincent Huguet, CEO et cofondateur de Malt. Pas étonnant dès lors, de voir exploser le nombre de jeunes diplômés se lançant dans l’aventure du freelancing, à la recherche d’autonomie et de flexibilité. En 2019, le luxe c’est de choisir exactement où utiliser notre jus de cerveau. Selon Vincent, le statut d’indépendant pourrait même voler la côte à celui du startupper : « On est plus libres en freelance qu’en tant qu’entrepreneur ». Ca, c’est dit.

Une affaire de choix

Tout le monde est-il concerné par cette grande vague de l’indépendance ? Apparemment pas. Si c’est « une tendance de fond » selon Vincent Huguet, il n’empêche qu’on ne se lance pas dans cette aventure par la seule force du marché : « le freelancing, c’est un choix : 90% de nos freelances recherchent avant tout de l’autonomie ». Une affaire de personnalité donc, qui correspond à une certaine catégorie de la population ;  intuition partagée par Edouard Tiem : « le CDI ne sera jamais mort, il correspond aux besoins d’une grande majorité de gens, et nombreux sont ceux qui testent le freelancing et qui en reviennent ». Les CDI de l’un, les indépendants de l’autre ? Sûrement un peu des deux : « au cours de notre carrière, nous allons alterner entre salariat et freelancing » estime Vincent Huguet.

Si les indépendants recherchent de la flexibilité, le marché est encore loin de la prétendue fluidité qu’on fantasme en abordant le sujet du freelancing. « Il est à la fois difficile pour le freelance de trouver un bonne mission et très fastidieux pour les entreprises de trouver la personne qui répondra à leur besoin » nous explique Edouard Tiem, responsable du développement chez talent.io. Et alors que le marché manque encore de fluidité, il demeure aussi profondément déséquilibré : « les besoins des entreprises en profils tech augmentent quatre fois plus vite que le nombre de candidats » nous confie-t-il. Sa réponse, à travers talent.io est de « devenir le point d’accès de référence entre entreprises et ingénieurs ».

CDI et freelancing, même combat ?

Le cadre est posé. Les freelances sont lancés. Comment travaillent-ils ? Quelles sont leurs soucis aux quotidien ? « Les trois besoins d’un freelance sont de trouver des clients et des projets intéressants, d’être payé (à sa juste valeur et à temps), et de ne pas être seul » affirme le cofondateur de Malt. En découle la véritable mission de son entreprise : « libérer les talents de notre communauté de freelances et de clients, parce qu’on s’occupe de leurs contraintes ». A travers le matching, les rassemblements de communautés de freelances, et le développement de services complémentaires, ces plateformes comptent bien proposer une offre complète aux insaisissables indépendants. L’aboutissement de cette démarche serait alors d’avoir réussi à « recréer pour eux les avantages d’un CDI » estime le responsable du développement de talent.io.

Transformez-vous, adoptez un freelance

Selon Vincent Huguet, les grandes entreprises qui peinent à s’adapter aux transformations de notre monde numérique devraient voir dans le freelancing le levier de leur métamorphose. « Les freelances impactent l’entreprise dans laquelle ils interviennent : ils exigent moins de micro-management et plus de confiance et d’autonomie ». Et si elles ne sont pas prêtes à en tirer les leçons, elles nageront à contre-courant : « demain, une entreprise moyenne travaillera avec 30 ou 40% d’externes, il est primordial qu’elles soient capables de tirer le meilleur de ces collaborations ».


Ni complètement indépendant, ni complètement salarié, une chose est sûre : le talent de demain privilégie la mission à la structure, et l’autonomie à la micro-tâche. Il est donc grand temps pour les entreprises qui y résistent encore d’épouser ces transformations, au risque de perdre toute attractivité — ce que la table de ping-pong ne rattrapera pas.

Demain, nous aborderons la question de l’évolution des profils des talents prisés par les entreprises de la tech : de la technique aux sciences sociales.