IA et robotique, les médecins veulent être formés

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Alors que l’IA et la robotique promettent une révolution à la médecine, 73 % des professionnels de santé déclarent qu’ils se sentent démunis et insuffisamment formés sur ces nouvelles thématiques numériques selon un sondage réalisé par Odoxa et l’Université Numérique en Santé et Sport (UNESS). Nous avons rencontré Olivier Palombi, neurochirurgien au CHU de Grenoble, professeur de neurochirurgie et d’anatomie à la faculté de médecine de Grenoble et directeur général de l’UNESS pour évoquer la place des nouvelles technologies à l’hôpital et savoir comment le corps médical se prépare à ce nouvel enjeu.

 

On entend souvent que les médecins et le personnel de santé seraient récalcitrants à plus de technologies dans les hôpitaux. Qu’en est-il ?

Le corps médical n’est pas réfractaire au numérique. Les médecins sont plutôt enclin à utiliser ces outils et souvent très connectés dans leur vie quotidienne.  La difficulté réside à mon avis dans l’expérience du numérique dans leur vie professionnelle à l’hôpital ou dans les cabinets. Les outils proposés sont souvent de vraies usines à gaz aux ergonomies catastrophiques qui font perdre énormément de temps. Ca ne met donc pas en valeur le côté positif que pourrait avoir le numérique quand il fonctionne bien. Sur le volet formation par exemple, le fait de proposer des outils simples, ergonomiques et réellement adaptés aux besoins nous a permis à nous de convaincre les enseignants de s’impliquer très fortement.

 

Comment jugez-vous l’arrivée du numérique et de l’IA et de la robotique à l’hôpital ?

Pour l’instant, l’IA n’a pas déferlé sur l’hôpital. La grande révolution qu’il y a eu, c’est l’informatisation des dossiers et des parcours de soins, mais avec un historique difficile, des applications qui changeaient souvent. Du côté du corps médical, on ne peut pas encore réellement estimer que le numérique, en termes d’ergonomie et de confort de travail, ait pour l’instant apporté quoi que ce soit. On a pu constater, au fil des années, des progrès sur des usages très concrets, par exemple accéder à des images partout dans l’hôpital. Nous n’avons pas plus évolué qu’une PME moyenne qui se serait informatisée.

Il y a cependant aujourd’hui une dynamique qui va dans le bon sens. On commence à se préoccuper de l’usager et de l’ergonomie. Côté IA, elle n’est pas encore utilisée concrètement dans les soins à l’hôpital. Nous essayons de collecter des données, de construire des banques de données, et y mettre des standards pour les manipuler, mais je n’ai pas encore vu un algorithme d’IA à l’hôpital. Il y a également une vraie prise de conscience que les données produites constituent une source d’amélioration des soins, des circuits des patients et une meilleure compréhension des maladies.

 

Comment former les professionnels de santé à l’usage des nouvelles technologies ?

La formation doit porter sur l’explication des grands concepts et aspects — IA, machine learning,  données, hubs — car ils sont essentiels à la compréhension et méritent qu’on prenne du temps à les comprendre. Il y a, sur ce point, une forte demande. Mais il n’y a pas de formation forte et généralisée sur ce que c’est que l’IA, à quoi ça peut servir, et surtout sur son utilisation, car concrètement on a pas d’applications aujourd’hui en France dans les hôpitaux.

Nous avons développé tout un environnement numérique d’e-learning, qui s’appelle SIDES-NG. C’est un espace de formation dédié aux internes, étudiants de 3e cycle. Ça représente 45 000 étudiants. L’objectif est d’ajouter une brique de formation au numérique dans les parcours de formation déjà existants et déjà dématérialisés en ce qui concerne la formation théorique. Les étudiants auront ainsi l’opportunité d’obtenir un certificat attestant de leur connaissance des enjeux des technologies dans la santé. Nous avons des partenaires publics et privés qui permettront de financer la mise en place de ces modules.

 

Quelle part accorder à l’éthique dans cette formation ?

Sur cette dimension, nous travaillons avec l’association Ethik-IA, portée par David Gruson, ex-délégué général de la Fédération hospitalière de France et membre de la chaire Santé à Science-Po. Nous souhaitons apprendre au corps médical ce qu’est l’IA, à s’en servir, mais nous allons surtout introduire cela dans leur vision éthique et déontologique sur les impacts de l’IA et ses perspectives. Car l’air de rien, lorsque l’on voit que des machines peuvent, avec les bonnes données, apprendre à faire des diagnostics toutes seules, on ne sait pas vraiment jusqu’où ça peut aller. Le positionnement du soignant vis-à-vis de ces machines doit être clairement défini.

 

Faut-il travailler avec les startups qui œuvrent dans le domaine pour s’accorder sur les bons usages ?

Oui, il faudra travailler ensemble. Nous ne voulons pas nous contenter d’une formation théorique pour les étudiants, mais souhaitons qu’ils manipulent des applications et des outils qu’il pourrait être amenés à utiliser dans le futur. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, mais c’est l’objectif. Nous réfléchissons à des partenariats autour de la formation des professionnels avec comme condition de conserver un accès gratuit pour les étudiants. Les startups en échange auraient accès à 45 000 étudiants en médecine et futurs professionnels de santé. Cela permettrait à ces startups de tester leur produit dans l’environnement et quelque part d’asseoir un produit éprouvé et plus pertinent, car passé entre les mains de professionnels. Ce sera un argument de vente pour des secteurs où il y a de l’argent. L’opportunité est énorme et tout le monde sera gagnant.