Emmanuel Bilbault, cofondateur de Posos : « L’IA doit nous permettre de prendre des décisions éclairées »

Credit : Posos

La startup Posos a tout juste un an. Elle conçoit un outil basé sur l’intelligence artificielle qui répond aux questions des professionnels de la santé sur les médicaments. Car oui, en 2019 il est encore incroyablement complexe d’accéder rapidement aux bonnes informations nécessaires à la prescription et à l’usage des médicaments. C’est donc une équipe de pharmaciens et d’ingénieurs qui s’est attaquée à ce secteur à la fois opaque et très réglementé. Aujourd’hui, l’outil génère déjà 12 milliards de réponses pour l’ensemble de ses cas d’usages. Rencontre avec Emmanuel Bilbault, pharmacien et cofondateur de la pépite française, qui nous a confié sa vision à la fois pragmatique et humble de l’utilisation de l’IA pour aider l’humain à prendre des décisions éclairées.

Comment fonctionne votre outil et sur quelle technologie ?

Nous nous basons sur les dernières avancées en terme de traitement automatique du langage pour comprendre les questions posées par l’utilisateur et générer automatiquement des réponses fiables à partir de sources de données officielles comme Pubmed, les publications de la Haute Autorité de Santé (HAS) ou les résumés des caractéristiques du produit (RCP). Concrètement, on développe des APIs qu’on intègre sur des interfaces. Le plus souvent, notre outil prend la forme d’un moteur de recherche.

A quel besoin vous attaquez-vous ?

Avec Posos, nous voulons transformer la façon dont les professionnels de santé et les patients s’informent à propos de leurs médicaments. Après la pharmacie, j’ai travaillé pendant plusieurs années à l’information médicale du laboratoire Teva dans 23 pays, et j’ai constaté la difficulté à fournir une information de qualité aux professionnels de santé. Ce métier, l’information médicale, est aujourd’hui le plus souvent réalisé par téléphone avec un temps de réponse moyen de trois jours par écrit. Avec notre outil, on répond à la plupart de ces questions en une seconde.

Quelle est le secret de votre recette ?

La réussite de ce projet, on la doit à l’association de trois compétences : les pharmaciens, qui connaissent les besoins, les data scientists, qui savent construire une technologie performante, et enfin les ingénieurs en informatique qui gèrent l’aspect produit. Tout cela n’est possible qu’aujourd’hui car l’approche statistique du traitement automatique du langage a franchi un cap en 2016. Ensuite, on partage la même motivation. Quand j’ai commencé mes études de pharmacie, on nous a appris qu’un médicament est un poison qui soigne à la bonne dose. Faire en sorte qu’il y ait le moins possible d’erreurs dues à un manque d’informations, c’est donc éviter toutes sortes de problèmes, et même de drames dans le cas notable des femmes enceintes.

Vous êtes les premiers à proposer une telle solution, comment l’expliquez-vous ?

Le vrai problème c’est qu’il faut parfaitement connaître la réglementation française. C’est ce qui fait peur ! A l’international il y a une fascination sur le diagnostic, et beaucoup de startups se lancent sur le sujet. Pourtant sur la partie médicament il y en a très peu, c’est un sujet mal connu et pas facile à aborder. Au final, c’est un milieu de pharmaciens !

Quelles sont les prochaines étapes pour Posos ?

Nous avons rejoint cette semaine la promotion 2019 du programme AI factory de Microsoft avec l’INRIA. Par ce biais, nous espérons continuer à développer notre technologie et lui trouver des applications plus larges. Ensuite, à moyen terme, nous souhaitons développer notre solution pour le grand public. Aujourd’hui un patient n’a accès qu’aux informations de la notice de ses médicaments, le reste de l’information disponible étant très technique. Il donc y a encore beaucoup à faire à l’heure où l’automédication ne cesse de gagner du terrain !

On conclut par l’inévitable question : quelle est votre vision de l’IA ?

Nous construisons une IA qui simplifie la vie des gens, sans prétention, loin des scénarios de science fiction ! J’adore cette citation d’Einstein qui dit : « Je me méfie de ceux qui savent ». Nous ne voulons pas d’une IA qui nous imposerait une sorte de vérité. Je crois qu’on ne prend pas une décision éclairée parce qu’on nous a soufflé la réponse, mais parce qu’on a eu en amont l’ensemble des informations utiles et nécessaires. Et c’est ce que nous faisons : notre mission est d’extraire de l’information de différentes sources et de la rendre disponible.