L’âge de diamant des développeurs

Credit : photo by Markus Spiske on Unsplash

Alors que « l’ingénieur informaticien » fan de Windows 98 a depuis longtemps laissé au placard son image un peu ringarde et poussiéreuse pour s’imposer comme « développeur » à la figure intouchable et auréolée de gloire, ce dernier est plus que jamais propulsé sur le devant de la scène de par la multiplication des logiciels SaaS, créés et utilisés en entreprise.

Et si auparavant les développeurs pouvaient se contenter de coder depuis leur tour d’ivoire sans que leur travail ou leur place soient remis en question, ils se doivent aujourd’hui d’être bien mieux intégrés aux rouages de l’entreprise. A l’instar du métier de Product Manager, celui de développeur a fortement évolué ces dernières années. En contact ultra rapproché avec les métiers, les développeurs ne sont plus de simples exécutants techniques aux compétences très prisées, mais de véritables atouts pour implémenter la stratégie de leur boite.

Loin d’être révolu, l’âge d’or des développeurs s’est mué en âge de diamant…

Dénicher les mains en or…

Selon Ben Khenkine, directeur marketing chez Legalstart, de plus en plus de développeurs sont apparus sur le marché du travail au fil de ces années. La prolifération de ce type de profil a conduit la startup à affiner sa stratégie de recrutement pour miser sur des collaborateurs aux compétences spécifiques et pointues. ” Il y a de plus en plus de développeurs”, confie Ben Khenkine. Et tous n’ont pas des mains en or. « Pour rallier les meilleurs, nous avons une approche vraiment agnostique, en allant chercher les talents là où ils sont, au détriment de leur pays d’origine » Résultat : des développeurs brésiliens, indiens, ou marocains sont venus grossir les rangs de la jeune pousse rassemblant déjà une soixantaine de personne.  

« Etre développeur n’assure plus la sécurité de l’emploi, comme cela était le cas il y a quelques années. Il faut dorénavant être capable de sortir du lot en ayant une compréhension plus fine des enjeux de l’entreprise et de ses différents métiers », assure le directeur.

Il est donc vital pour le développeur d’agrémenter son statut de virtuose du code capable de créer des systèmes pouvant supporter plus de quatre millions de requêtes à la seconde de celui de stratège, si ce n’est de visionnaire…

…capables d’agir comme moteurs

L’avis est également partagé par Rémi Gacogne, développeur et ingénieur en recherche chez Open exchange, qui considère en outre que le développeur ne doit pas se contenter d’une compréhension transverse de ce qui se passe en interne. Il doit aussi être confronté aux utilisateurs finaux afin de mieux comprendre la chaine de production dans laquelle il s’emboite. « La clé pour faire participer les développeurs, c’est de les faire interagir avec le plus d’équipes possible », assure l’ingénieur. Cela permettra de mettre en place des boucles de feedback et d’itération plus courtes et vertueses, lors desquelles certaines fonctionnalités pourront être testées et corrigées plus rapidement.

Dans le cas où le service élaboré est déployé en externe, l’ingénieur recommande vivement d’inviter les développeurs chez le client, afin de maximiser les chances de comprendre les envies et besoins de ce dernier.

Néanmoins, Rémi Gacogne ne manque pas de prévenir contre certaines potentielles dérives. « Multiplier les ingérences entre les services peut être à double tranchant. Certes, c’est enrichissant dans la mesure où cela permet de superposer les avis et d’obtenir de meilleurs feedbacks, mais cela peut aussi conduire à des situations absurdes, lorsqu’à force d’échange, le marketing se sent en position de prendre des décisions qui devraient revenir aux techniciens. »

Le jeune homme sonne aussi la sonnette d’alarme sur un point : après avoir longtemps travaillé dans leur coin, les développeurs sont souvent peu préparés à se retrouver sous les feux des projecteurs. Alors que leur rôle est de plus en central, il est nécessaire de mieux les préparer à endosser ce type de responsabilité…