Mon chef de produit, ce héros

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Non, la fameuse « exception culturelle » française ne s’applique pas qu’au au cinéma, au théâtre et la télévision ! Chez nous, on aime faire les choses à notre manière, et le monde de l’entreprise n’échappe pas à la règle…

Alors que dans les pays anglo-saxons le métier de chefs de produit, qui existe depuis près de 40 ans, a rapidement acquis un rayonnement incontesté, la France a tardé à se mettre au diapason, (trop ?) longtemps influencée par sa culture de l’exploit technique et de l’ingénierie.

Pourtant, celui qu’on qualifie de « chef d’orchestre » adopte de plus en plus dans l’Hexagone la place de « mini CEO », chargé de répondre à de nombreux défis.

Retour aux sources….

En cause, le contexte économique actuel. Alors que les marchés se tendent, le rôle du chef de produit s’intensifie.

Catherine Kokoreff, consultante en Product management, explique : « Jusqu’à maintenant, c’était la techno qui tirait les marchés, dans une optique de ‘push’. Aujourd’hui, la demande fait défaut, et il est par nature plus compliqué de pousser les offres à des consommateurs déjà suréquipés. » Il est donc vital d’appliquer ses cours de marketing afin de remettre une bonne fois pour toutes « le client au centre » dans un marché hautement concurrentiel ou les budgets se font plus serrés.

La condition sine qua non pour atteindre cet objectif est l’analyse du besoin, afin de définir quoi vendre, comment et à qui. « C’est un peu un retour aux sources », s’amuse l’experte. Elle constate qu’avec la propagation de la culture agile, les chefs de produit se sont parfois éloignés du « temps long », pour y revenir ensuite par nécessité. A ses yeux, il est plus que jamais nécessaire de se poser les bonnes questions pour redéfinir les fameux pain points et mieux appréhender la valeur perçue par le client.

Cela est d’autant plus vrai pour certains secteurs, comme celui de la cybersécurité. Selon les estimations, il croitrait de 12 à 18% par an, attirant dans son sillon une offre pléthorique de solutions pas toujours pertinentes. Or, chacune de ses solutions répond bien souvent de manière trop partielle aux problèmes rencontrés par les acteurs du domaine, tout en étant peu lisibles pour les décideurs…

…et chef de produit à la rescousse

Pour prévenir ce genre de situation ubuesque, le chef de produit d’aujourd’hui se doit d’être constamment au contact du terrain, tout en étant capable de prendre le recul nécessaire pour comprendre son marché en profondeur. « L’enjeu, ce n’est pas de créer le meilleur produit possible », confie Catherine Kokoreff, « c’est de créer le meilleur produit possible au regard de son entreprise et de sa propension à le développer, et c’est bien plus difficile. » Cela implique une connaissance accrue des différents métiers avec lequel le chef de produit est en contact, tout en faisant appel à de nombreuses qualités inhérentes à la position de CEO : story-telling, capacité à arbitrer et à prendre des décision, leadership pour entrainer les équipes, et capacité à communiquer, le tout sous haute pression !

Pourtant, Claire Dufetrelle, Head of Product Management chez Fabernovel Technologies, n’hésite à réfuter l’appellation de « mini CEO ». Pour elle, le chef de produit n’est pas tant un leader qu’un traducteur. Il doit être en mesure d’étudier intelligemment une infinité de matériaux, depuis les problématiques techniques, jusqu’au sentiment utilisateur – toujours complexe à décrypter, en passant par les tendances du secteur. De par sa nouvelle vision panoramique, le chef de produit s’est peu à peu affranchi du service marketing pour s’encanailler avec les autres unités de la compagnie. « L’idée, c’est qu’il puisse ensuite modeler la feuille de route la plus pertinente possible en fonction de la stratégie de son entreprise après avoir bien fouillé la parole des utilisateurs. »  

Néanmoins, comme pour le CEO, “la plus grosse difficulté à laquelle se frotte le chef de produit, c’est le facteur humain”, assure Claire Dufetrelle. « Le poste exige une grande curiosité, une certaine disposition d’esprit pour recevoir les avis utilisateurs, et beaucoup d’écoute vis à vis de son équipe. »

Si vous êtes CEO et que cela vous évoque votre job, ce n’est pas une coïncidence…