Pablo Pernot, School of Product Ownership : « On a tous les mêmes biais au sujet du produit »

Source : BeNext

Le 13 février, veille de la Saint Valentin, se tiendra à Paris la conférence annuelle de la School of Product Ownership. Nous avons rencontré Pablo Pernot, directeur général de l’agence beNext, à l’origine du rendez-vous incontournable des products owners. On a parlé produit, métiers et bullshit.

Comment est née la School of Product Ownership ?

Au départ, il y a trois ans déjà, c’était un meetup, c’est-à-dire un rendez-vous récurrent où on discutait des problématiques autour du produit. On était une petite centaine à se retrouver, et à l’époque cette thématique était encore peu discutée. Aujourd’hui plus de mille personnes sont inscrites au meetup, qui a fait des petits : des conférences et des formations. La School of Product Ownership est donc née de notre volonté de créer une dynamique autour du produit en France.

A qui s’adresse ce rendez-vous ?

On s’adresse à tous ceux qui pensent, fabriquent et vivent autour d’un produit, technologique ou non. On parle donc principalement de product owners, managers, de profils techniques et d’utilisateurs. On veut provoquer une conversation partagée, c’est pourquoi la conférence ne propose qu’une seule track : on veut que tout le monde vive les mêmes moments et puisse en discuter ensuite. On a concocté un mélange entre les figures du domaine et des gens qui viennent casser les murs, comme une humoriste. Et puis on pousse les membres de notre communauté à prendre eux-même la parole. Enfin, parce qu’on sait que beaucoup de choses clés se passent lors des moments informels, le soir on célèbre !

Où en est le sujet du produit en France ?

C’est un moment important pour le produit en France ! Il émerge largement et on entend aussi beaucoup de bullshit. Notamment, on fait de jolis plans mais on sous-estime tout l’effort de facilitation, la politique interne de l’entreprise et le décalage avec les métiers. Un produit ne peut pas seulement être pensé, il doit aussi être raconté pour évoluer à sa juste place au sein d’une entreprise, pourtant les grilles sont encore trop serrées. On ne regarde pas non plus les vrais indicateurs, on parle plutôt de ce qu’on appelle les vanity metrics, qui sont ces fausses mesures qui nous rassurent mais ne sont pas pertinentes pour l’amélioration de notre produit. Finalement, on manque encore d’humilité et d’honnêteté.

Quelles sont donc les erreurs à éviter ?

Par exemple, on peut vite céder à la tyrannie de l’utilisateur, et faire des choix qui lui profite à court terme mais qui desservent le produit à long terme. A l’inverse, il faut laisser maturer des idées contres-intuitives. Au final, dans le lean startup, il y a beaucoup de fausses idées ! Notamment il est souvent préférable d’être en monopole au début de la construction de son produit, pour avoir le temps de bien le concevoir et qu’il ait du sens même s’il n’a pas encore ses utilisateurs. Il faut être à l’écoute et avoir les reins solides !

Les startups ont-elles naturellement une meilleure culture produit ?

Je pense que c’est une fausse idée de faire un distinguo entre la culture produit d’une startup et celle d’une plus grosse entreprise. Les biais qui touchent aujourd’hui les métiers autour du produit sont les mêmes pour tout le monde : on a tous ce défaut d’attendre trop longtemps pour sortir quelque chose. Puis chaque modèle a ses propres limites : d’un côté des startups qui cherchent avant tout à être financées, de l’autre des grandes entreprises qui traitent le produit sur un mode projet. Pour se donner les moyens de développer de bons produits, il faut être honnêtes sur ce qu’on l’on souhaite vraiment réaliser et pour quelles raisons.

Finalement pourquoi faut-il « penser produit » ?

Le produit c’est un état d’esprit qui est partagé par des gens très différents. Aujourd’hui, la complexité de notre monde et la concurrence accrue font qu’on doit pouvoir maximiser la valeur de nos produits et les penser de façon adaptative, malléable. Même les entreprises qui avaient des cycles très longs comprennent qu’elles ne peuvent plus suivre les mêmes logiques. Elles pensent qu’il s’agit d’aller plus vite et avec plus d’argent. Ca n’a jamais été le sujet ! Il faut faire différemment et mieux.