Anthony Alfont, Digital for the Planet, « La pollution digitale est invisible »

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Digital for the Planet s’emploie depuis 2017 à alerter et à sensibiliser le grand public et les entreprises sur la pollution digitale et s’apprête aujourd’hui à lancer Plana, un assistant virtuel écoconscient et sensibilisateur. Nous avons rencontré Anthony Alfont, COO du Global Earth Project, pour discuter de sa conception, de la relation entre digital et écologie, ou encore de la prise de conscience des utilisateurs.

 

Vous avez récemment annoncé le lancement d’un assistant virtuel écoconscient, Plana. À partir de quel constat ?

C’est simple. On vit une véritable révolution industrielle, apportée par le digital, sauf que nous faisons la même erreur que lors des précédentes révolutions, on oublie son impact environnemental.  Le problème, c’est que nous n’avons pas affaire à un pot d’échappement, mais à une pollution invisible. Et le cerveau n’est pas réellement câblé pour l’apprivoiser. Envoyer un mail avec une pièce jointe, c’est déjà 18 grammes de CO2. La pollution du numérique est en passe de dépasser celle de l’aviation civile. Et avec la démocratisation des objets connectés, l’apport du machine learning et de l’intelligence artificielle, VR, l’augmentation de cette pollution va être exponentielle. Donc si l’on ne réfléchit pas maintenant à limiter l’impact environnemental du phénomène, on court à une catastrophe mondiale. L’invisibilité de la pollution digitale nous oblige à redoubler d’efforts. Chez Digital for the Planet, nous proposons un accompagnement auprès des entreprises, des institutions publiques et des citoyens sur cet enjeu. Plana s’intègre au milieu de cela, comme une réponse à la fois au à la difficulté de visualisation de la pollution digitale du consommateur et au fait qu’il ait malgré tout beaucoup d’autres choses à gérer dans son quotidien.

 

Quel a été le processus de création ? Comment réussir à allier technologie, sensibilisation et empreinte écologique minimale ?

La partie sensibilisation du consommateur via des recommandations de gestes écocompatibles nous semblait être impérative. Et pour le concevoir, nous avons réfléchi à chaque étape à ce qui est viable écologiquement puis économiquement : sur l’hébergement, sur le codage et bien d’autres plans, les solutions existent pour minimiser l’impact écologique. On travaille par exemple avec l’un des grands acteurs des data centers qui a choisi de faire fonctionner leurs systèmes grâce aux énergies propres. Car l’idée derrière Plana, c’est aussi de créer une vraie dynamique d’acteurs qui ont compris et pris ce virage nécessaire dans la lutte contre la pollution numérique.

L’intérêt des entreprises pour la lutte contre la pollution numérique est-il contraint, ou est-ce une réelle prise de conscience ?

Il y a encore quelques mois, je vous aurais dit que finalement, peu importe. Tant que c’est fait, que ça peut soulager un peu la planète, tant mieux. Que les entreprises soient honnêtes ou non, ça ne me dérange pas tant que ça va dans le bon sens. Mais aujourd’hui, ce que nous remarquons, c’est que les entreprises s’emparent réellement du sujet et décident d’accélérer dessus. Parce que c’est une demande de leurs consommateurs et que dans un contexte économique ultra-concurrentiel, cet indicateur environnemental devient primordial pour se démarquer. Elles deviennent même proactives.

Cela reste une réflexion récente, mais 2019 sera une année importante pour porter ces changements de mentalité pour une raison relativement pragmatique : l’ensemble des plans de stratégie portaient sur 2015 – 2019, et aujourd’hui les directions de grands groupes travaillent sur des plans de stratégie jusqu’à 2023.  C’est donc le moment opportun pour mettre en place cette brique de circularité et disruption des chaînes de valeurs.

 

Comment proposez-vous d’intégrer les questionnements écocompatibles dans les chaînes de valeur des entreprises ?

Ici on ne dit pas qu’écologie et économie ne sont pas compatibles. Une entreprise, cela reste consommer et produire, l’aspect économique reste primordial. Donc notre discours c’est de dire que nous allons nous concentrer sur l’écologie, mais que les outils et processus développés vont aussi avoir un impact économique à court, moyen ou long terme. Cela fonctionne mieux que de juste dire « allons faire du bien pour la planète ». On insiste également sur l’importance de la transparence pour le consommateur. Cette transparence permet de regagner sa confiance et de pouvoir réellement mettre en avant les actions de disruption des chaînes de valeur, autour de l’écologie, de la circularité et du numérique, et permettra de créer une dynamique économique.