De la difficulté de concevoir un hardware wallet, avec Ledger

Credit : Tim Evans

Ils avaient prévu de vendre 60 000 unités de leur produit en 2017, ils en ont vendu plus d’un million…

Eux, c’est Ledger, startup fondée il y a seulement quatre et déjà leader mondial sur le marché. Spécialiste français de la blockchain, ils ont anticipé l’explosion du bitcoin et ont conçu « un coffre-fort digital », une solution ultra-sécurisée pour protéger vos crypto-monnaies (le Nano S).

Comment ont-ils réussi ce tour de force ? Grâce à une attention toute particulière prêtée à l’élaboration de ce produit complexe superposant différentes couches de tech de pointe… « L’un de nos plus gros atouts, c’est notre connaissance accrue de l’univers de la carte à puce, ce sous ensemble du hardware encore très peu connu. Rares sont les entreprises qui maitrisent cette technologie, et la plupart sont en France ! La force de Ledger, cela a été d’avoir pu itérer sur cette technologie, de la moderniser et de l’adapter aux exigences de la blockchain », explique Eric Larchevêque, « serial entrepreneur », CEO et cofondateur de Ledger.

Pour All Turtles, il revient sur les différents obstacles surmontés lors de la conception de son produit unique au monde.

1 produit, 7 technos

Ledger a développé un système d’exploitation embarqué et sécurisé, adapté aux exigences de la blockchain et compatible avec plusieurs centaines de crypto-monnaie, dont le Bitcoin et l’Ether.

La première étape a été la création d’un produit hardware, un device permettant de sécuriser les clefs privées, les bons au porteur d’informations critiques associés à des crypto-monnaies. La brique principale du « coffre-fort digital », le système d’exploitation permettant de gérer les signatures des transactions, a aussi nécessité la mise en place d’une interface pour valider les opérations, à savoir un écran et un bouton… La production de ce volet, fabriqué actuellement en Chine est sur le point d’être rapatriée en France, à Vierzon, sur un site ayant une capacité de production de plusieurs millions d’unité par an. « Pourquoi en France ? Car cela nous permet d’être plus flexible dans le cas de demande personnalisées, d’être plus réactifs en cas de mises à jour, et de simplifier toutes le processus import-export, fortement compliqué dans notre cas puisque les composants que nous utilisons sont très complexes… »

A cela, vient s’ajouter une brique software embarqué sécurisé, une partie hardware pure (la fameuse carte électronique pimpée à la sauce Ledger) et un volet mécanique (le boitier contenant la solution). Développer ces fameuses puces a exigé une connaissance très fine des micro processeurs sécurisés ainsi que l’accès à ces infos très limitées… « Nous avons dû convaincre les différents fabricants de nous donner accès à leurs blue print. Cela revient un peu à demander à la Banque de France de révéler le nom des composants chimiques qui constituent l’encre avec laquelle elle imprime ses billets », s’amuse le CEO.

Pour finaliser son hardware wallet, Ledger a également dû développer un logiciel d’interface et des applications compagnons pour rendre le Nano S facilement utilisable et permettre la gestion des comptes de l’utilisateur. « Tout cela implique beaucoup de back-end et d’infrastructures pour assurer notre connexion à différents réseaux blockchain », explique Eric, mettant le doigt sur la complexité de ce produit interconnectant plusieurs expertises complémentaires.

Scaler un produit élaboré

Déployer ce type de produit à large échelle s’avère extrêmement périlleux… « Le plus gros risque, c’est exploser en vol, en proposant des produits ne répondant pas à notre exigence de qualité », nous confie le CEO de Ledger. « Faire face à la demande a été notre plus gros challenge. Cela impliquait de faire croitre nos infrastructures et notre customer support… »

Pour réussir son passage à échelle et conforter sa position de leader, Ledger a préféré internaliser dès le début l’ensemble de ces compétences. L’objectif : assurer l’homogénéité de la culture de l’entreprise, qui à l’encontre de bon nombre d’acteurs du marché, table sur l’ouverture. « Beaucoup préfèrent ne pas expliciter leur méthodo en se disant que du coup leur techno sera plus difficilement ‘craquable’. Nous préférons être transparents tout en restant le plus impénétrables possible », précise Eric en riant.

Défi relevé avec brio par la startup française, qui vend aujourd’hui ses produits dans plus de 165 pays, la France ne représentant que 2% de son marché…