Les SaaS français #2 : La lame de fond

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Cet article est le second épisode de notre série consacrée aux SaaS français. A travers cinq épisodes, nous explorons cet écosystème en plein essor, ses enjeux et ses promesses.


Paris serait-elle devenue l’une des places fortes du logiciel dans le monde ? Nous avons vu dans l’épisode précédent comment la diffusion des savoirs contribue à renforcer l’écosystème. L’augmentation de la puissance de calcul y est pour beaucoup, elle aussi. Les clients, eux, en redemandent.

 

Hier encore…

Retour en 2006. Les Bronzés IIIAmis pour la vie’ cartonne au box-office. Depuis Seattle, Amazon lance Amazon Web Services, son offre de cloud computing. IBM, Google et consorts sont aussi sur le pont. Leur promesse ? Les développeurs pourront innover en exploitant le potentiel des données plutôt que se creuser la tête sur la manière de les stocker. Avec le cloud calculez plus vite et mieux, dans un environnement sécurisé.

 

Une boîte clé en main ?

Voilà qui explique le boom du SaaS pour Maxime Prades, Lead Produit Integrity chez Facebook : les machines sont devenues plus puissantes et moins chères. « Les gens font même du machine learning. C’était inconcevable il y a peu, car hors-de-prix. » Lui a connu l’époque des pionniers chez Novapost, revendu à PeopleDoc. Il souligne la facilité avec laquelle on peut créer un SaaS aujourd’hui.  

« Nous avons tout sous la main : la puissance de calcul, les infrastructures, les expertises… et des équipes bien inspirées. Les meilleurs designers, codeurs et product managers veulent faire du SaaS. Ils vont même à l’école pour ça. » Grâce aux outils disponibles sur le marché, une équipe resserrée peut sortir un bon produit en quelques semaines. Avec une belle interface, de surcroît. Et ça, ça change tout.

 

Du beau, du bon pour les utilisateurs

Avec un joli SaaS, agréable à utiliser et facile à prendre en main, les startups n’ont plus besoin de forcer la porte des DSI pour vendre leur solution : les salariés eux-mêmes sont demandeurs. J’utilise Uber et WhatsApp dans la vie de tous les jours, pourquoi devrais-je travailler sur des logiciels datés, peu ergonomiques et lourds à faire évoluer ?

Zendesk est cité en référence pour son expérience utilisateur (ce logiciel de support et de service client propose des outils de ticketing, chat, support, etc.). Maxime Prades a supervisé le développement du produit pendant 5 ans, il raconte : « Avant le SaaS, les responsables du ticketing passaient leur journée face un texte vert sur fond noir [attention, mauvais exemple]. Il nous suffisait de leur montrer la solution, de la tester avec eux pour qu’ils aient envie de l’utiliser. On peut rendre n’importe quel métier sexy avec les bons outils ! »

 

Chacun cherche son SaaS

D’une certaine façon ce sont les clients qui ont créé la catégorie SaaS. Et ce sont toujours eux qui la tirent. Dans les entreprises, les experts métiers (finance, marketing, par opposition à l’expert de l’IT) ont cherché à prendre le pouvoir pour choisir les outils qui leurs conviennent le mieux. « Pour beaucoup le SaaS est une réponse à la souffrance générée par la domination de l’IT » analyse Cyril Bertrand (XAnge).

Certains métiers en font plus usage que d’autres. En pointe il y a le marketing, toujours aussi dynamique et qui utilise des martech à la pelle. Mais ils ne sont pas seuls. Les RH, par exemple, se sont radicalement transformés grâce à de très bons outils et sont devenus des moteurs pour leur entreprise. Le recrutement, l’onboarding et l’ensemble du parcours client sont améliorés grâce au SaaS, et c’est toute la boite qui en profite. Voilà pourquoi les grands groupes ouvrent leur porte au SaaS. Même aux plus spécifiques, pourvu qu’ils répondent à un besoin et que la solution soit facile à intégrer.

 

Pour les petits et les grands

Le SaaS touche aussi les petites entreprises. « Tout le monde, partout », complète Jean de la Rochebrochard (Kima Ventures). Il parle d’une lame de fond pour évoquer un phénomène qu’il accompagne et finance depuis dix ans. « Payfit est l’exemple parfait. Ils ciblent toutes les entreprises allant de 0 à 200 salariés. Ca fait du monde. » Depuis son démarrage en 2015, l’équipe soutenue par Kima enchaîne les succès. Elle s’apprête à passer à 250 salariés dans les mois qui viennent. La preuve qu’on peut viser gros en visant petit.

Dans un autre registre voir Skello et son approche évolutive. Pendant la conception, l’équipe teste son logiciel de gestion du personnel et des plannings dans tout le secteur de l’hôtellerie / restauration. « De la brasserie indépendante à la franchise internationale, en passant par les chaînes d’hôtels » raconte Emmanuelle Fauchier Magnan, co-fondatrice. Une démarche qui lui permet d’affûter son market-fit et d’anticiper les étapes suivantes, dont l’ouverture vers d’autres secteurs comme la distribution.

Jusqu’à l’échelle la plus réduite : le SaaS fait aussi le bonheur des indépendants ! Les Qonto, les Tiime et autres Alan en sont les exemples criants. Et bientôt d’autres encore ?


Dans le prochaine épisode, nous explorerons la culture sales et les modèles de vente dans le SaaS.