Lilian Thibault, cofondateur de la marque Awake : « Le sourcing, c’est la clé de la réussite »

Crédit : Awake Watches

Alors que la Silicon Valley essaye tant bien que mal de forcer autour de nos poignets des montres connectées aux fonctionnalité toutes plus inutiles les unes que les autres (Space Invaders et autres retrogaming, vous pouvez vous sentir concerné…!), Lilian Thibault et son équipe ont décidé d’embrasser pleinement la mouvance eco-friendly, slow et minimaliste.

Après une carrière dans le marketing digital qui lui donnait souvent l’impression de « faire acheter aux gens des choses inutiles », Lilian (grand amateur d’horlogerie, à droite sur la photo) a souhaité s’affranchir d’un système de production qu’il jugeait nocif pour la planète. Pour cela, l’entrepreneur a conçu une montre durable combinant recyclage de déchets plastiques et énergie solaire. Voilà comment est née il y a seulement quelques semaines la marque Awake, destinée à sensibiliser les consciences, et entièrement financée grâce à une campagne sur Kickstarter ayant permis de récolter plus de 350 000 dollars.

Lilian Thibault, cofondateur de Awake, nous explique comment il a réussi à sortir la première montre solaire au monde fabriquée à partir de déchets plastique.

Décomposons ensemble les éléments de votre montre…

Les éléments principaux de toutes montres sont le bracelet et le mouvement. Pour le bracelet, nous avons choisi de le fabriquer à partir de déchets plastiques recyclés ramassés en Asie du sud-est, l’une des régions du globe les plus étouffées par la pollution et le plastique. Nous
travaillons avec une entreprise Australienne qui récolte les déchets plastiques auprès de coopératives locales et se charge à son tour de transformer ces déchets en polyester à partir duquel nous fabriquons nos bracelets. Avec plus de 8000 tonnes de déchets plastiques rejetés à la mer chaque jour, il serait absurde d’utiliser plus de pétrole pour créer une matière qui envahit déjà la terre!

En ce qui concerne le mouvement, alimenté grâce à l’énergie solaire, nous passons par une filiale du japonais Seiko. L’objectif était de vraiment optimiser la recharge, qui peut s’opérer même avec une lumière artificielle, comme celle d’un simple néon… Avec seulement trois heures de recharge, la montre est autonome plus de six mois…

Combien de temps avant de développer votre prototype final ?

Il nous a fallu pour cela plus de deux ans de développement intensif. La partie la plus difficile a clairement été la recherche de fournisseurs de confiance. Le sourcing, c’est vraiment la clé de la réussite lorsqu’on créé un produit, d’autant plus dans une démarche éco-responsable. Cela exige presque de se glisser dans la peau de Elise Lucet, la journaliste aux commandes de Cash Investigations, et de mener des enquêtes longues et poussées ! Nous avons aujourd’hui neuf fournisseurs différents pour créer notre montre, du plastique au packaging 100% recyclé.

Ce qui a été le plus compliqué à mener à bien après la recherche de fournisseurs, c’était l’élaboration des process. Moi inclus, nous sommes une équipe de quatre personnes, avec des profils plus commerciaux que techniques, hormis notre designer. Nous avons donc externalisé les expertises en ingénierie. Nos finances ne nous permettaient pas d’internaliser et d’industrialiser immédiatement notre chaine de production, mais c’est ce vers quoi nous souhaiterions tendre à moyen terme !

Avez-vous opté pour un assemblage en France ?

Non, car un assemblage en France n’aurait aucun sens ! Il ne ferait qu’augmenter l’impact des transports internationaux et donc l’emprunte carbone de notre marque. Nous assumons donc pleinement notre assemblage en Asie, pour cette raison, et pour la capacité de notre fabricant principal à produire de la très grande qualité à grande échelle. Dans ce contexte, surfer sur les limites du label du Made In France aurait été être une stratégie marketing plus qu’autre chose ! Et ce temps-là, c’est fini !