Antoine Leroux, CetteFamille : « Trouver la meilleure alchimie possible »

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Au commencement, il y avait Jean-Paul. En situation de perte d’autonomie, réfractaire à la maison de retraite, et en recherche d’une alternative pour ne plus vivre seul… C’est après avoir trouvé une annonce sur Le Bon Coin que le fils de Jean-Paul a pu entrer en relation avec une famille d’accueil dans son département pour y placer son père dans de bonnes conditions.

Paul-Alexis Jourdren observe de près cette situation chez ses voisins… Avec Agathe Pommery, il décide de lancer Cette Famille, une entreprise sociale et solidaire, pour proposer des alternatives aux maisons de retraites pour les personnes âgées. Fondé en 2016, la jeune pousse s’insère dans le dispositif de l’accueil familial, qui existe juridiquement en France depuis 1989. Une chose saute aux yeux des deux entrepreneurs : ce dispositif est totalement atomisé, très mal référencé, et peu connu du grand public. Paul-Alexis et Agathe décident alors de rendre lisible et accessible cette offre via une plateforme de mise en relation… Très vite, le site évolue pour proposer au niveau national des services complémentaires et personnalisés à destination des personnes et des familles d’accueil.

Antoine Leroux, Responsable Communication chez CetteFamille, nous en dit un plus sur cette pépite de la silver economy.

Comment fonctionne votre dispositif ?

Nous mettons en liaisons des personnes âgées ou handicapées avec des particuliers agréés par leur conseil départemental pour exercer un accueil à domicile. Ces derniers sont des professionnels dont l’accueil de personne contre rémunération constitue l’activité à plein temps. L’un des volets de notre offre est l’accompagnement en amont lors du changement de domicile, dont les modalités varient beaucoup d’une situation à l’autre, et englobent de forts enjeux humains.

Les personnes en recherche de famille d’accueil sont parfois confrontées à une perte soudaine de leur autonomie, suite à un accident ou une sortie d’hôpital, ce qui est potentiellement très stressant et déstabilisant… Elles se retrouvent alors propulsés dans le domaine du médico-social, qu’elles connaissent très peu ou pas du tout, et ont besoin d’un accompagnement poussé et sur-mesure. Le cœur de notre métier, c’est de faire « matcher » les personnes avec les familles d’accueil, pour créer les « couples » les plus heureux possibles. Une équipe composée de professionnels issus du secteur médico-social est en charge chez nous de connaître sur le bout des doigts nos familles et patients, pour leur proposer les meilleures combinaisons possibles en fonction de critères établis par les deux partis.

Quels types de critères par exemple ?

L’exemple que je donne souvent, c’est celui du chien…Certaines personnes déclarent ne pas vouloir vivre dans une maison avec un chien, mais après avoir rencontré une famille que nous leur proposons, ils se laissent séduire… Ce que cela montre, c’est que se baser uniquement sur une grille de critères figés, cela ne marche pas. Notre fine connaissance des familles qui travaillent avec nous permet de proposer des diagnostics précis et complets sur des situations personnelles qui sont toutes uniques. Cela nous permet de nous assurer que nos familles d’accueil ont bien les compétences techniques pour gérer certains cas difficiles, comme des pathologies neuro-évolutives, mais aussi les compétences humaines qu’exigent des maladies comme Alzheimer. Dans les deux cas, des symptômes lourds, qui n’ont pas les mêmes impératifs de prise en charge, et qui ne nécessitent pas forcément un accueil médicalisé comme celui que proposent les EPHAD… Il s’agit donc de vraiment trouver la meilleure alchimie possible entre accueillis et accueillants. C’est un peu de la haute couture en fait, nous ne sommes pas juste « le AirBnB des vieux ! » (Rires.) Nous n’avons pas de méthode toutes faite, c’est de l’humain !

Après avoir mis les familles en relation, comment intervenez-vous encore ?

Nous aidons à la gestion administrative sur la durée. Sur le plan juridique, la personne accueillie se retrouve l’employeur de la famille d’accueil, qui doit donc être déclarée et gérée légalement en tant que tel, avec tout ce que cela implique en termes de contrats, cotisations sociales etc.… Cette jungle administrative, on la débroussaille pour eux, qui sont souvent en situation de dépendance, et pour leurs aidants, parfois également démunis face à cette charge et à sa complexité.

Quelques chiffres à partager avec nous ?

Aujourd’hui, nous sommes une équipe de 20 personnes, réparties dans 3 bureaux entre Paris, la Normandie et les Hauts-deFrance. Nous accompagnons actuellement plus de 1500 personnes en famille d’accueil dans un réseau de 5000 lits, sachant que la France compte à ce jour une dizaine de milliers de familles agréées. En moyenne, se tourner vers une famille d’accueil est 50% moins cher qu’une maison de retraite, et ce alors que les conditions de vie sont plus adaptées aux besoins et projets de vie de certaines personnes.