Sciences participatives, un petit pas pour le citoyen, un grand pas pour la science

Photo by Ousa Chea on Unsplash

Vous vous rappelez avec nostalgie de votre kit de laborantin et vous demandez à quel moment vous vous êtes détourné de ce rêve de faire une découverte scientifique qui changerait la face du monde ? Il n’est peut-être pas trop tard. Depuis quelques années, les expériences de science participative permettent aux citoyens de contribuer à leur mesure à la science, au plus grand bénéfice de cette dernière.

 

À côté du big data ou de l’intelligence artificielle, la science participative est devenue, au fil des années, un outil prisé des chercheurs. Elle consiste à ouvrir la recherche à des acteurs qui ne sont pas nécessairement du monde académique pour mener une expérience scientifique ambitieuse ou digérer la masse des données collectée.

Si l’idée existe depuis le début du XXe siècle, avec le Christmas bird count de la fondation Audubon aux États-Unis qui permettait d’aider les ornithologues à estimer les populations d’oiseaux sur le territoire américain en faisant appel aux citoyens, la formule a pris une dimension inédite ces dernières années grâce à l’internet. Observer des images de planètes dans son salon, jouer à un jeu simple sur son navigateur, identifier des plantes grâce à une application… C’est aussi simple que ça ! Bien que le concept soit plus largement diffusé aux États-Unis, la France compte quelques initiatives qui n’ont pas à rougir face aux expériences américaines.

 

L’amateur-contributeur

L’observation de la biodiversité a depuis longtemps ouvert ses portes aux amateurs. Une nécessité pour suivre l’évolution d’espèces, qui requiert un maximum d’occurrences chaque année. Le Muséum national d’histoire naturelle a sans doute lancé la plus grande initiative française en la matière avec l’application Vigie-Nature, qui permet à tout citoyen de participer à la collecte d’observations de la faune et de la flore sur tout le territoire français.

Plus récemment, la présence importante de punaises diaboliques dans la région parisienne, un ravageur des cultures — arboriculture, viticulture, maraîchage — a soulevé l’importance d’une « vigilance citoyenne », via l’application AGIIR proposée par l’INRA. « C’est d’autant plus important que nous ne pouvons pas surveiller l’ensemble du territoire, en particulier les propriétés privées, nous avons donc besoin de la participation des citoyens pour localiser la punaise diabolique et suivre sa progression en France » explique Jean-Claude Streito, entomologiste à l’INRA de Montpellier.

 

Aider à comprendre les secrets de l’univers depuis votre canapé

Le grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN ressemble à un fantasme de physicien. Anneau de 26 kilomètres de circonférence, le plus grand dispositif expérimental jamais construit ambitionne de valider des théories physiques et de comprendre comment fonctionne l’univers. En 2012, il confirmait l’existence du Boson de Higgs.

Tout à chacun peut jouer un rôle dans cette quête scientifique. Car le dispositif, générant quelque 30 pétaoctets en 2017, dépasse les capacités des supercalculateurs de l’institution pour simuler les collisions de particules élémentaires dans l’accélérateur de particules. L’idée est donc de proposer aux internautes de participer à l’effort pour la beauté de la science. En téléchargeant BOINC, une machine virtuelle sur leurs ordinateurs développée par l’université de Berkeley, les internautes peuvent dédier une partie de la capacité de calcul de leurs machines au projet LHC@Home et devenir des chaînons de la super-machine partagée. Il est même possible de paramétrer l’application pour qu’elle ne fonctionne que lorsqu’aucune autre tâche n’est effectuée par votre ordinateur personnel.

 

Le Tinder des cobayes

La startup Cobaye.io, fondée en 2017 par Yoelis Acourt et William Helie-Joly, actuellement en bêta-test et qui devrait être lancée en décembre 2018, ambitionne elle-aussi de rapprocher les chercheurs des citoyens. A la manière d’un Tinder, elle offrira la possibilité à ses utilisateurs d’explorer les études sur l’humain réalisées dans son périmètre et de les mettre en relation avec les chercheurs.

Selon les fondateurs de la startup, incubée à la Paillasse, laboratoire de recherche citoyen à Vitry-sur-Seine, le système permettra de simplifier l’accès à des bénévoles motivés, mais surtout de faire économiser près de 300 heures chaque année aux chercheurs, qui passent près de 440 heures à trouver les sujets de leurs études. L’utilisateur pourra choisir d’être rétribué monétairement ou par des invitations à des événements scientifiques. Les chercheurs, une fois la validation du « match » avec les cobayes, prendront en charge cette rétribution. Un dispositif qui ne doit pas se transformer en une énième plateforme d’emplois précaires… 

Il n’est donc plus nécessaire de changer de vie pour participer à la grande marche de la science. Que ce soit au fond de son canapé ou en jouant, il suffit aujourd’hui d’une connexion pour espérer se retrouver aux cœurs des plus grandes publications scientifiques.