La « war room » de Facebook contre la propagande et les fake news 

Entre bulles de filtre, fake news et propagande, Facebook ne cesse d’être pointé du doigt, en particulier depuis son ingérence lors des dernières élections présidentielles américaines. Pour assurer sa visibilité sur le réseau social, Donald Trump a misé en 2016 sur la société Cambridge Analytica, pour donner à sa campagne le petit coup de pouce numérique dont elle avait bien besoin. Problème : Facebook reconnaît du bout des lèvres que les informations utilisées par la société Cambridge Analytica auraient été obtenues illégalement.

En conséquence, le géant de la Silicon Valley a suspendu toutes activités avec la société londonienne. En mettant la main sur les données personnelles de plus de 50 millions d’utilisateurs, Cambridge Analytica a généré un retentissant scandale et fait perdre au passage plusieurs millions de dollars aux actionnaires de la compagnie sur les marchés boursiers…

Plus récemment, c’est une plainte en nom collectif qui a été déposée en Californie contre la société de Mark Zuckerberg pour invasion de la vie privée, tandis que de l’autre côté de l’Atlantique, ce sont les instances européennes qui tapent du poing sur la table et réclament des explications au géant américain…

Un ange passe à Menlo Park.

Un bataillon de data scientists en guerre contre l’intox

Pour éviter que tout cela ne dégénère (encore plus), Facebook a récemment annoncé la mise en place d’un nouvel espace de travail au sein de son siège social. Qualifié de « war room », terme utilisé lors des campagnes politiques américaines pour décrire les QG des candidats, l’espace a pu être visité en grande pompe fin octobre par la presse. L’objectif de la cellule : lutter contre les interférences malicieuses, les fake news virales et les discours haineux, qui ont par exemple au Myanmar grandement contribué à l’exacerbation de la violence conduisant au génocide des Rohingyas. Aux Etats-Unis, les groupes d’extrêmes droites qui pullulent sur le réseau social ont fait de ce dernier leur plus gros levier de recrutement. (Comme titrait The Guardian : oui, Facebook rassemble les gens. Néo-nazis inclus.)

Malgré une campagne de communication léchée, l’efficacité de la fameuse war room reste à démontrer…

Cette dernière rassemble plusieurs experts sélectionnés parmi une vingtaine d’équipes spécialisées, dont une grande partie d’ingénieurs et de data scientists.

Facebook a mis le paquet, et c’est bien compréhensible. A l’approche des élections de mi-mandat de novembre, le public est encore échaudé par la tornade Cambridge Analytica et de plus en plus frileux à l’idée de partager ses datas. En outre, la stratégie adoptée par Facebook pour lutter contre les ingérences extérieures reste vague. Sans donner beaucoup de précisions, Nathaniel Gleicher, Chef de la Cyber Sécurité de Facebook, admet avoir constaté un accroissement dans les tentatives d’interférences avec les élections de mi-mandat : « Nous n’avons pas de boule de crystal. Nous ne pouvons pas prévoir toutes les tactiques qui seront déployées…Rassembler nos équipes dans une salle va aider. »

Et le Brésil dans tout ça

Parmi les stratagèmes proposés par Facebook pour déjouer les frasques à la Cambridge Analytica : rendre les publicités de partis politiques plus transparentes, détecter et démonter les campagnes orchestrées par de « mauvaises personnes », lutter contre les spams et la prolifération des faux comptes, et surtout, mettre en place des « réponses rapides » lorsque la désinformation prolifère dans le cadre d’actualités politiques.

Dans le cas des élections de mi-mandat, Facebook entend démanteler les rumeurs pouvant inciter les électeurs à ne pas aller voter, comme par exemple l’invention de faux prérequis légaux pour s’inscrire en bureau de vote. Lors des dernières élections au Brésil, la war room a pu identifier et mettre à mal de fausses informations circulant et faisant croire que la date du vote avait changé.

Pas mal, mais beaucoup de progrès restent à faire.

Une étude menée conjointement par le New York Times, l’Université de Sao Paulo et l’Université Fédérale du Minas Gerais indique que seulement 8% des 50 images politiques les plus partagées sur WhatsApp (qui appartient à Facebook depuis 2014) sont considérées comme légitimes. Le reste est, dans le meilleur des cas trompeur, complètement faux dans le pire…