Guillaume Leboucher, fondateur de L’IA pour l’Ecole : « il manque une passerelle entre les mondes de l’IA et de l’éducation »

Photo by NeONBRAND on Unsplash

Alors que les déclarations d’intégration de l’IA dans l’éducation commencent à fleurir, à l’image du volet éducation du rapport Villani sur l’IA, la région Île-de-France a été la première à annoncer la mise en place d’un lycée pilote à la rentrée 2019.

Nous avons rencontré Guillaume Leboucher, fondateur de l’association « l’IA pour l’école », mouvement citoyen qui s’est donné pour objectif de créer des ponts entre l’écosystème de l’IA et les acteurs de l’éducation, pour comprendre comment l’IA prendra part à l’école de demain.

« Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est une passerelle entre les mondes de l’IA et de l’éducation », assène rapidement l’entrepreneur. Depuis 20 ans dans les nouvelles technologies, depuis 4 ans dans l’IA, il a lancé il y a un an et demi l’association L’IA pour l’école, après avoir constaté que la révolution technologique qui s’avançait devait impérativement être comprise et intégrée le plus vite possible. L’association œuvre dans ce sens, en tentant d’apporter autant de clés de compréhensions par du concret que de débat autour des enjeux que cela implique. « Notre travail premier est de faire de la pédagogie. On explique ce qu’est l’IA et son impact au monde de l’éducation via des ateliers un peu partout en France, soit dans des écoles soit dans des entreprises. »

Le volet éducation du rapport Villani sur l’IA avait lancé le débat sur la refonte du système éducatif sur fond d’IA. Un rapport « très précis et de bon augure », juge le fondateur de l’association, qui regrette cependant la faiblesse de l’investissement lié, 1,5 milliard d’euros sur 5 ans, contre les 30 milliards annuels que peuvent injecter les géants du web dans leur recherche et développement. « Il y a un enjeu de patriotisme économique autant que de former des talents. Le niveau du marché des compétences françaises autour de l’IA est très bon et reconnu, mais nous sommes dans une période charnière où nous avons besoin de produire plus de savoir et donc de former plus de gens. »

 

Vers un élève augmenté ?

 

Si l’objectif est en partie de coller au (proche) futur du marché du travail, l’intégration de l’IA dans l’éducation implique une réforme de l’apprentissage qui pourrait être assez conséquente à la fois pour les élèves et les professeurs. De nombreuses expérimentations sont en cours, qui inventeront de nouveaux usages en classe, comme les synthèses de cours via un robot et de l’IA envoyées aux parents pour qu’il soit plus au courant des cours de leur enfant ou encore l’automatisation des corrections de tests et évaluations, permettant aux professeurs de se concentrer sur les interactions en classe. L’association travaille avec plusieurs acteurs de la EdTech, comme Magic Maker et d’autres startups pour montrer ces intérêts concrets de l’IA dès aujourd’hui.

Mais l’apport des datas et de l’IA, pourrait aller encore plus loin. La meilleure connaissance des élèves, de leurs faiblesses et de leurs habiletés grâce aux données offre des possibilités de personnalisation des contenus éducatifs inédites, permettant tout autant d’optimiser l’orientation scolaire et professionnelle, mais aussi de détecter le décrochage et les handicaps tels que la dyslexie. « En fonction des différents niveaux dans la classe, on peut faire des programmes plus personnalisés, soit pour lui permettre d’aller plus vite, soit pour rattraper un retard », explique Guillaume Leboucher.

 

Des enseignants qui veulent apprendre  

 

Les gains potentiels sont donc nombreux. Reste maintenant à réellement enclencher le mouvement. Le fondateur de l’association appelle sur ce point à s’attaquer à l’enseignement primaire et secondaire au plus tôt. « On a de très bons cycles universitaires et d’ingénieurs qui se sont lancés depuis quatre ans, avec Polytech ou l’ENSAE en tête de file, mais le volume de personnes formées n’est pas suffisant. ». S’il applaudit l’ouverture d’un lycée pilote en Île-de-France à la rentrée 2019, il estime qu’il faut que ces initiatives se multiplient rapidement, au risque de « perdre la course technologique imposée par la Chine et les États-Unis en tête ».

Il balaie assez vite l’aspect réfractaire de l’écosystème de l’éducation au changement, en se basant sur les retours d’expériences des ateliers qu’il a organisés. « Pourquoi et comment on peut se former à l’IA, quel est le rôle des mathématiques dans l’IA, autant de questions qui reviennent souvent. Le professeur ne craint pas forcément cet environnement, mais a besoin de comprendre. » L’autre risque avec l’arrivée de l’IA à l’école, ce sont les risques sur les données personnelles. Notamment sur l’utilisation qu’en feront les EdTech utilisant de l’IA. Pour Guillaume Leboucher, l’élargissement du dialogue est la principale solution. « L’IA doit devenir un savoir universel. Bien entendu, c’est porté par les géants du web, mais il est impératif que ce soit entrepris dans une démarche beaucoup plus ouverte, citoyenne, et dont les états et la société doivent s’emparer. »