La France, un terreau fertile pour le développement du esport

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A l’occasion de la Paris Games Week, qui se déroulera du 26 au 30 octobre à Paris Expo, tous les afficionados des jeux vidéo et les pros du secteur se rassembleront pour une grande messe entre pratiquants de League of Legends et spectateurs des tournois internationaux de l’ESWC.

Alors que le secteur des jeux vidéo n’en finit plus de croître, les e-sports montent aussi en puissance. Mais si le gaming dans le monde représentait en 2017 plus de 107 milliards d’euros, les e-sport, eux, ne comptaient que pour un centième du marché. Un déséquilibre qui demeurera mais devrait se réduire, notamment au niveau français grâce à l’arrivée de nouveaux acteurs…

La France a du jeu  

En termes de législation, l’Hexagone est plutôt progressiste ! En effet, la France est l’un des premiers pays au monde à avoir accordé un statut spécifique dans la loi aux joueurs professionnels de jeux vidéo et aux tournois.

Pas étonnant que la France se soit rapidement acclimatée à l’essor du gaming, car elle bénéficie d’un terreau fertile. Ubisoft, premier éditeur de jeu français, a réussi à s’imposer à l‘échelle internationale comme l’une des figures mondiales du jeu vidéo, grâce à des franchises comme Far Cry ou Assassin’s Creed, et ce dans un paysage dominé majoritairement par les Américains et les Chinois. La maturité de l’écosystème se traduit aussi par l’accueil de plusieurs grands événements internationaux à Bercy ou au Zénith, et par le lancement de ES1, une chaine télé entièrement dédiée à l’esport.

En outre, la France est un réel vivier d’excellents joueurs, régulièrement champions du monde dans leur discipline, à l’instar de Sébastien Debs, vainqueur cette année du Tournoi « The International » à Seattle sur Dota2, ou de l’équipe Vitality, qui dispute en ce moment les « Worlds » de League of Legends en Corée du Sud. « Nous sommes historiquement très forts sur le FIFA et sur Counter-Strike », se réjouit Matthieu Dallon, fondateur de Trust Esport.

Une école pour devenir gamer

Après les écoles pour apprendre à coder, c’est une école tripartite dédiée à l’industrie du gaming qui s’est implantée en France, sous l’impulsion de Thierry Debarnot. Gaming Campus, étendu sur plus de 1200 mètres carrés, est l’unique campus en Europe proposant non seulement une école de management avec mise en application à l’industrie du jeu vidéo (Gaming Business School), mais aussi une préparation à la pratique professionnelle du esport grâce à son volet Gaming Academy.

Si des structures de ce type existent en Asie et aux États-Unis, Gaming Campus est le premier de son genre en France et en Europe.

Pour Thierry Debarnot, le marché déjà colossal du gaming n’a pas fini de grandir. « C’est un marché très jeune par rapport à celui d’autres divertissement, comme la musique ou le cinéma, et son influence ne cesse de s’étendre. Les jeux vidéo se sont vraiment insérés dans le quotidien des plus jeunes. Ils sont en admiration devant des joueurs comme Gotaga ou ZeratoR, se traitent de ‘bambis’ et miment les danses de Fortnite à la récré”, nous confie Thierry.

Avec la Gaming Academy, c’est 12 joueurs influenceurs et sept joueurs d’élite (esportifs) recrutés pour peaufiner leurs talents avant d’espérer rejoindre l’une des meilleures équipes du monde, comme la française Vitality ou l’européenne Fnatic.

Plus d’argent injecté dans le gaming

Et la finance n’est pas en reste, avec la récente création du premier fonds français destiné au financement des e-sports par Matthieu Dallon, qui baigne depuis 20 ans par le secteur. « Un fonds me semble le meilleur moyen pour être en prise directe avec l’innovation et l’énergie des entrepreneurs de cette industrie, aux frontières du sport, des médias, de l’IT », explique l’entrepreneur. Il souligne aussi l’importance encore prégnante des préjugés envers le secteur, qui souffre parfois de son image auprès du grand public, et qu’il entend démonter peu à peu : « Il y a beaucoup d’aprioris à faire tomber liés à sa méconnaissance, un grand public à conquérir, un encadrement de la pratique à structurer. Le défi sociétal me motive beaucoup ! »

Mais ce passionné de gaming est aussi animé par une intuition profonde, celle de la restructuration à venir du marché. Aujourd’hui, ce dernier est principalement porté par quelques éditeurs de jeux cumulant les rôles et responsabilités, de la création du produit jusqu’à la gestion des droits des compétitions. Matthieu nous raconte : « Je pense que de nombreux acteurs vont venir bousculer ces grandes majors dans des domaines comme l’expérience spectateur, la monétisation des audiences, et l’optimisation des conditions de jeu. »

Et si vous ne savez pas qui sont Fnatic ou Gotaga, vous pouvez toujours (re)écouter Video Games de Lana Del Rey.