Yassine Mountacif, fondateur de Deepsense : « L’IA à l’hôpital n’en est qu’à ses débuts »

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L’hôpital regorge de technologies de pointe au service des médecins et du personnel médical. Pourtant, pour beaucoup, ces dispositifs restent sous-exploités. L’intelligence artificielle pourrait permettre d’optimiser les ressources et surtout améliorer la prise en charge, au bénéfice de tous.

Yassine Mountacif, fondateur de Deepsense et lauréat du programme « French Tech Diversité » fait parti de la nouvelle génération d’entrepreneurs de la Healthtech décidés à faire changer les choses. Celui qui a mis au point une technologie de détection non-intrusive des signes vitaux boostée à l’IA, nous explique la génèse de son projet et ses ambitions.

 

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à détection non intrusive des signes vitaux ?

J’ai beaucoup travaillé sur du monitoring et le biosensing durant mes études, puis me suis focalisé sur la surveillance de l’état de santé. Mon petit frère est épileptique, et je dormais dans sa chambre pour prévenir mes parents en cas de problème. De l’idée de lui concevoir un détecteur de chute ou de sortie de lit, j’ai poussé les choses jusqu’à un monitoring plus complet de l’activité respiratoire et cardiaque, effectué de manière non-intrusive grâce à des capteurs et aux algorithmes qui interprètent les données recueillies. On se concentre pour l’instant sur les risques pathologiques chez les nourrissons à l’hôpital et chez les particuliers. Que ce soit à l’hôpital ou au domicile avec le stress éprouvé par la responsabilité à l’arrivée d’un nouveau-né, il reste beaucoup à solutionner.

Comment marche concrètement la solution ?

Nous plaçons des capteurs sous le matelas, qui récupèrent l’activité mécanique du corps. Derrière, nous avons des algorithmes qui tournent et traitent le signal pour obtenir les paramètres importants pour nous. Il n’y a pas de contact entre les capteurs et la personne et ce sont les algorithmes qui arrivent à séparer les sources, enlever les bruits, et interpréter les impulsions cardiaques et respiratoires. L’aspect non intrusif est aussi un point sur lequel on se focalise. Dans les services de pédiatrie, ce sont des électrodes qui sont utilisées et elles posent de nombreux problèmes, car elles peuvent parfois blesser l’épiderme des nourrissons, notamment des grands prématurés, qui représentent encore 60 000 naissances chaque année en France. Paradoxalement, elles ne sont pas très efficaces : près de 90 % des alertes qu’elles signalent sont des « fausses alarmes ». Notre solution règle les deux problèmes.

Qu’apporte l’intelligence artificielle dans votre solution et comment peut-elle améliorer l’hôpital ?

Nous nous sommes rapidement rendu compte que les champs d’application du couple sans-contact et intelligence artificielle dans la médecine étaient très nombreux. Épilepsie dans le cas de mon frère, suivi des pathologies respiratoires ou cardiaques, apnée du sommeil, mort subite du nourrisson, c’est sans fin. L’IA nous permet avant tout de réussir à mieux interpréter les énormes masses de données que récupèrent les capteurs. Les bruits, qui très souvent déclenchent les fausses alarmes, créent une habitude chez les médecins qui risquent alors de perdre en attention lors de l’apparition de signaux réellement impactants. Plus généralement, à l’hôpital, il y a une masse de données utilisables qui ne le sont pas encore. Lors des différentes étapes du parcours du patient, de nombreuses procédures pourraient être automatisées, rendre plus efficaces des services entiers, et permettre une concentration plus grande sur l’expertise médicale.

Comment facilitez-vous son adoption par le personnel de santé ?

Nous avons d’ores et déjà des prototypes fonctionnels dans différents services de pédiatrie de grands hôpitaux de la région parisienne, dans lesquels nous avons de très bons retours, particulièrement sur le côté non intrusif du dispositif. Nous n’avons pas encore commencé à vendre. Pour faciliter l’adoption de la solution et justement être au plus proche des besoins réels dans les services hospitaliers, un médecin, spécialisé dans les questions de mort subite du nourrisson, et un cardiologue s’apprêtent à rejoindre notre équipe.

La technologie peut-elle remplacer l’humain ?

Le but n’est pas de remplacer des postes, mais bien de soulager le personnel médical. L’IA à l’hôpital n’en est qu’à ses débuts, que ce soit d’un point de vue préventif, dans la détection de pathologies par exemple, dans la facilitation ou même l’aide à la prise de décision dans les actes médicaux. Après, elle débarque petit à petit, et l’important, c’est de ne pas arriver en prétendant remplacer quelque chose, mais d’intégrer les médecins et personnels de santé dans l’élaboration, car ce sont eux qui sont en première ligne et savent ce qui est nécessaire.

Quelles sont les prochaines étapes pour Deepsense ?

Nous travaillons sur l’obtention des certifications nécessaires pour pouvoir intégrer notre solution à l’hôpital. Nous sommes par ailleurs en train de faire une levée de fonds auprès d’investisseurs avec objectif de commercialiser notre solution d’ici la fin de l’année 2019. Nous avons reçu plusieurs prix, et notamment eu l’opportunité d’intégrer le programme « French Tech Diversité ». Ce programme est vraiment intéressant, car il permet à des profils qui n’auraient pas forcément eu l’opportunité de s’exprimer de pouvoir intégrer l’écosystème French Tech, rencontrer des personnes-clés ou des VC. Sans celui-ci, nous n’en serions pas là aujourd’hui.