Antoine Fichet & Damian Py, cofondateurs de Daan Tech : « Du hardware made in France, même pas peur ! »

Crédit : Daan Technologies

Rapatrier une filiale en France, c’est possible. « Et on se bat pour le prouver ! »

Alors que plus aucun lave-vaisselle n’était fabriqué dans l’Hexagone depuis 2016, Damian Py et Antoine Fichet ont créé Bob : un lave-vaisselle unique en son genre, miniature et économique, fabriqué aux quatre coins de la France. Lancé en pré-commandes il y a seulement une semaine sur le site de Daan Technologies, les deux jeunes entrepreneurs espèrent vendre d’ici 2021 plus de 100 000 Bob par an en Europe. Avec près de 3000 précommandes passées en moins de 7 jours, Antoine et Damian s’apprêtent à initier leur industrialisation pour une mise en production début 2019.

Antoine Fichet et Damian Py répondent à nos questions.

Comment est né Bob ?

Damian : J’ai rencontré Antoine chez BPI France. Nous étions tous les deux passionnés d’innovations et résolus à faire du made in France. Nous nous sommes rendus compte que de nombreuses entreprises produisaient du hardware en Chine, même après avoir obtenues des subventions publiques. Avec Bob, nous avons voulu démontrer qu’il était tout à fait possible de fabriquer en France des produits grands publics à prix compétitifs.

Antoine : A la base, c’est une idée d’étudiant, qui n’a pas envie de perdre son temps à faire la vaisselle… Lorsque je suis passé d’une grande coloc dans le sud-ouest à un petit studio parisien, j’ai naïvement cru que je trouverai un petit lave-vaisselle, mais un tel produit n’existait pas…A notre idée de miniaturiser un appareil que l’on connait tous, nous avons ajouté une couche de techno supplémentaire, pour apporter de la nouveauté. Nous visons les 7 millions de Français et 48 millions d’Européens vivant seuls ou en couple en appartement, qui ne sont pas encore équipés de lave-vaisselle.

Quelles technologies avez-vous développé lors de la création de Bob ?

Damian : Nous avons déposé quatre brevets pour sécuriser nos innovations : pour nos parois ultra fines, l’ouverture automatique de la porte, le système de mise en veille, et bien sûr pour le lavage par ultra-sons. Cette technique existe depuis près d’un siècle pour laver des outils mécaniques ou chirurgicaux, nous avons juste décidé de l’appliquer aux lave-vaisselles ! En gros, un disque vibre sous les couverts, plus de 40 000 fois par seconde, créant des micro-bulles qui détachent la saleté en utilisant 3 fois moins d’eau qu’un lave-vaisselle classique. Ce qui permet aussi de réaliser des économies, c’est que l’appareil se déconnecte dès que son cycle de lavage (de seulement 20 minutes !) est terminé. Rester en veille des heures juste pour nous donner l’heure, ce n’est pas le but d’un lave-vaisselle ! Cette option est très facile et peu couteuse à intégrer, elle devrait l’être partout, car cela permettrait de réaliser de phénoménales économies d’énergies. A titre de comparaison, la consommation annuelle en veille de l’ensemble des appareils ménagers en France équivaut à une tranche de réacteur nucléaire…

Comment avez-vous rendu le made in France possible ?

Damian : Nous avons optimisé la conception en réduisant au maximum l’usage d’éléments rajoutant des coûts, du temps de mise en place, et de la main d’œuvre (comme par exemple les vis). L’idée est de réduire le nombre de pièces et de faire en sorte que le produit soit simple à monter, en puisant dans les savoir-faire régionaux. Les réservoirs sont conçus dans la banlieue de Lyon, la plasturgie en Vendée, et la cordelette servant à maintenir la porte est fabriquée près de la frontière belge…

Quelles sont les difficultés à surmonter lorsqu’on lance du hardware ?

Antoine : La première, c’est que tout le monde vous prend pour un fou ! La seconde, c’est que les fonds investissent uniquement dans le software ou l’IoT. « Revenez quand vous aurez un million de chiffre d’affaire », voilà ce qu’on nous a dit ! Heureusement, nous avons été soutenus par Bpifrance, le Réseau Entreprendre, Wilco, et même par la Commission Européenne ! Ces aides publiques nous ont aidé à développer le produit afin de pouvoir lancer les précommandes qui nous ont crédibilisé auprès des banques.