Valentin Stalf, fondateur de N26 : « Je pense qu’il nous manque encore une vraie génération d’entrepreneurs du numérique »

L’une des pépites européennes les plus en vue du moment a dépassé le million d’utilisateurs cet été, j’ai nommé : N26. C’est armés de nos badges du France Digital Day que nous faisons la rencontre d’un entrepreneur qui n’a pas froid aux yeux, Valentin Stalf, fondateur de la néo-banque au succès vertigineux.

 

N26 est reconnue pour avoir misé sur l’expérience utilisateur, et pour s’être imposée en tant qu’acteur numérique dans un secteur réglementé et contraignant. Comment les banques traditionnelles évoluent-elles face au tournant du numérique ?

 

Depuis notre création en 2013, les banques traditionnelles ont réagi à l’arrivée des néo-banques en investissant de plus en plus de moyens dans leur transformation numérique. Cependant, je doute qu’elles y parviennent totalement. En effet, c’est beaucoup plus facile pour nous qui sommes une entreprise numérique de s’attaquer au marché bancaire, plutôt qu’à l’inverse, pour une banque traditionnelle très contrainte de se moderniser.

 

Pour quelles raisons ? De quoi sera fait demain le secteur de la fintech selon vous ?

 

Nous envisageons les choses de cette manière : en tant qu’entreprise spécialisée dans le management de produits numériques, nous avons aujourd’hui la capacité de résoudre de nombreux problèmes que nos utilisateurs rencontrent. Cela va bien au-delà du secteur bancaire, et nous bénéficions déjà de nombreuses opportunités pour développer de nouveaux services. Dans dix ans, nous ne serons plus seulement une banque en ligne, mais beaucoup plus nous l’espérons. Nous sommes en mesure et voulons conseiller nos utilisateurs dans d’autres aspects de leur vie, comme le choix du forfait téléphonique le mieux adapté, par exemple.

 

Quels sont vos exemples ou vos sources d’inspiration pour opérer ce virage ?

 

L’un des meilleurs exemples à mes yeux est celui de Tencent, qui est un de nos investisseurs (ndlr : la startup a levé 160 millions de dollars en série C auprès de Tencent et Allianz en 2018). Ils sont parvenus, dans un contexte local bien particulier qui est celui de la Chine, à dessiner ce que peut être la banque de demain. Ils utilisent WeChat pour proposer un ensemble de services à leurs utilisateurs, ce qui est très efficace en terme d’expérience et de qualité de service. Et bien que nous soyons très attentifs à notre indépendance et aux marchés où nous opérons, je considère que c’est une source d’inspiration à bien des égards.

 

Cette vision se traduit dans la manière dont vous vous organisez. Quels sont les profils et comment recrutez-vous vos talents ?

 

Effectivement, nos équipes sont très majoritairement composés de profils qui ne viennent pas du secteur bancaire. Ce sont des spécialistes de la tech, du produit au design en passant par le marketing. Et je suis très fier que nous ayons été récemment élus meilleur employeur startup en Allemagne par Linkedin ! Nous allons bientôt ouvrir des bureaux à Barcelone, après New York et Berlin, et notre objectif est de diversifier l’origine et les profils de ceux qui nous rejoignent, parce que je crois fondamentalement que c’est cette diversité nous permet de créer de meilleurs produits.

 

Le profil de vos équipes ressemble pourtant bien à celui de vos utilisateurs : de jeunes actifs, très mobiles et tech-friendly. Comment parvenir à toucher d’autres publics, à qui vos solutions pourraient bénéficier ?

 

C’est vrai que notre utilisateur type a entre 18 et 35 ans, c’est un jeune professionnel qui aime les produits et services numériques. Il est vrai aussi que notre service pourrait être très adapté à d’autres publics, comme les séniors qui ont grandement besoin qu’on leur simplifie les démarches administratives. Malheureusement, il y est encore très difficile d’atteindre de telles populations en raison de leur éloignement du numérique. C’est un travail de longue haleine, que nous ne ferons pas seuls.

 

Votre rapide succès fait de N26 une fierté du paysage tech européen. Pensez-vous que l’Europe souffre encore de la comparaison face aux géants tech américains ou chinois ?

 

Je n’irais pas jusqu’à dire que nous souffrons d’un complexe d’infériorité, mais en Europe je constate que nous n’avons pas assez de talents experts du numérique. Je pense qu’il nous manque encore une vraie génération d’entrepreneurs du numérique, qui ont le goût des produits transparents, faciles d’utilisation, qui épousent les besoins des utilisateurs… C’est ce qui nous motive chez N26 ! De manière générale, beaucoup d’opportunités ne sont pas saisies, beaucoup d’industries ne sont pas encore secouées parce qu’on a trop peur du changement. À ce titre, le RGPD est caractéristique de cette démarche prudente si chère aux européens, et de notre difficulté à voir dans le partage d’informations un potentiel immense d’innovation.

 

Crédit photo : Factory Berlin