Ce qu’il ne fallait pas rater à la conférence Ethics by Design

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Si vous faites aussi partie de ceux qui pensent que les maigres excuses de Facebook après un scandale comme Cambridge Analytica ne suffisent pas, vous auriez sans doute aimé vous rendre à la deuxième édition de la conférence Ethics by Design, tenue la semaine dernière à Paris.

Organisée par les Designers Éthiques, un collectif de 200 designers et scientifiques engagés, l’événement a rassemblé une communauté d’acteurs sensibilisés aux questions posées à notre société par le numérique. En filigrane, l’envie d’interroger la responsabilité des designers et de promouvoir la création de services numériques respectueux de leurs utilisateurs et de leur environnement, que cela soit par le privacy by design ou l’éco-conception.

Retour sur quelques moments clés de l’édition 2018 de Ethics by Design.

Hyper connexion et digital detox

Comme nous nous engageons sur la voie de la transformation digitale avec force et élan, l’usage intempestif des outils numériques s’accompagne malheureusement de spams encombrants et d’incessantes notifications. Sans remettre en cause les avantages indéniables du numérique, sa consommation abusive peut avoir des effets néfastes…

Thibaud Dumas, Docteur en neuroscience et Training and Research Director chez Into the Tribe, a proposé un atelier pour sensibiliser à ces nouveaux phénomènes et symptômes qui modulent notre quotidien. « En seulement dix ans, des smartphones de plus en plus puissants sont arrivés entre nos mains, et ce alors que nos cerveaux sont restés les mêmes depuis les premiers homo-sapiens, il y a plus de 250 000 ans… », souligne le jeune homme. « Entre phubbing, blurring, multi-tasking ou nomophobie, de nombreux troubles résultent d’une interaction entre nos cerveaux et les outils numériques. »

Pour Thibaud, leurs usages affectent non seulement notre créativité, concentration et niveau d’anxiété, mais ils peuvent aussi conduire à des symptômes dépressifs, voire à des burn out. A ses yeux, il est prépondérant de comprendre comment notre cerveau fonctionne et comment il interagit avec le numérique pour revoir nos usages et passer d’une « hyper connexion » à une connexion plus épanouissante.

Concrètement, il s’agit entre autres de se déconnecter en dehors des horaires de bureau, de s’astreindre à envoyer moins d’e-mails et de réduire le multi tasking…Thibaud explique : « Nous recommandons des séjours digital detox pour mieux se reconnecter à soi et aux autres. C’est en expérimentant directement les bénéfices d’un usage plus raisonné du numérique que l’on peut repenser durablement ses comportements. »

Débat mouvant : faut-il un serment d’Hippocrate des designers ?

Une session qui saute à la dernière minute ? Pas de problèmes, les organisateurs lancent un « débat mouvant » autour de la question du devoir moral des designers. Les participants en faveur de la mise en place d’un serment d’Hippocrate se placent à gauche, les contre à droite. La battle peut commencer.

Jérémie Poiroux, co-président de Designers Éthiques, raconte avec enthousiasme : « Tout le monde ne considère pas qu’il faille réguler la profession. Même si cela n’est pas explicite, la notion de création artistique est très prégnante chez les designers, qui revendiquent une grande liberté dans leurs actions. Chartes, lois et serments ne sont pas toujours perçus d’un bon œil ! »

Pour certains participants, être designer est une profession comme les autres. A l’instar de la plupart des corporations, elle se doit d’être soumise au respect de lignes directrices pour faire front face à certaines problématiques. Au-delà de l’omniprésente question de la confidentialité des données, la gamification et la multiplication des notifications sont largement pointées du doigt. « Les pratiques qui bouffent le temps et rendent addict, la surcouche ludique inutile, les gens ont en ras le bol ! On ressent une réelle envie de se recentrer sur le besoin, sur la sobriété et la pertinence », souligne Jérémie.

Et n’oublions pas de citer en conclusion les paroles de James Auger, designer salué par Jérémie : surtout, ne plus s’écouter parler ou organiser de conférences, mais plutôt « réfléchir en agissant. » A bon entendeur, et à l’année prochaine pour la troisième édition de Ethics by Design.