Kinéis, les premiers nanosatellites européens à l’assaut de la planète IoT

La société CLS (Collecte Localisation Satellites), filiale du Centre National d’Études Spatiales (CNES) a annoncé le lancement, d’ici 2021, d’une constellation de 20 nanosatellites, destinés à assurer une connectivité à la déferlante d’objets connectés partout dans le monde. Un nouveau champion français du « NewSpace » ? Nous avons interrogé Jean Muller, directeur du développement de la nouvelle entité Kinéis.

 

Fort de plus de 50 ans d’excellence dans le domaine spatial, la France semblait avoir timidement embarqué dans la navette du NewSpace, le mouvement de startups et initiatives privées qui veulent fournir un accès « low-cost » à l’espace dans des domaines aussi différents que le tourisme spatial et suborbital que la mise à disposition de constellations de satellites pour fournir des données aux entreprises et au grand public. Annoncé au début du mois de septembre, Kinéis, nouvelle filiale de CLS et qui sera l’opérateur privé de la constellation, pourrait, en s’appuyant sur son savoir-faire, se faire une place de choix et offrir un réseau Made in France pour les milliards d’objets connectés dont le nombre croît de façon exponentielle.

 

Pas né de la dernière pluie : l’héritier d’Argos

 

Le programme de Kinéis est appelé à prendre le relais d’un système bien connu, les balises Argos. « La technologie Argos, qui existe depuis 40 ans, était jusqu’à présent utilisée essentiellement dans l’environnement et souvent sur des sujets très pointus », explique Jean Muller, directeur du développement de la nouvelle entité Kinéis. Avec six satellites déjà en orbite, cette technologie, indépendante du GPS, son « cousin » américain, a en effet fait ses preuves dans le domaine scientifique —  météorologie, suivi des animaux sauvages — ou encore dans le sauvetage en mer. « En créant Kinéis, on élargit son champ d’action et on va répondre à cette demande d’IoT qui touche de plus en plus de domaines. »

 

Pour changer de dimension et offrir de nouveaux services, ce sont 20 nanosatellites qui vont être lancés. Grâce à la miniaturisation des composants que les smartphones ont amené, mais aussi au savoir-faire du CNES qui a notamment retravaillé les pièces pour pouvoir supporter des conditions extrêmes comme les radiations dans l’espace, ces petits satellites « abordables », pèsent 25 kg et auront une durée de vie de 4 ans. Ils voleront à 600 km au-dessus de nos têtes et assurons une couverture de l’ensemble de la terre. Ils coûteront de l’ordre de 100 à 120 millions d’euros pour les deux premières générations, bien loin des milliards d’une mission spatiale de l’ancien âge de l’espace. « Il y aura d’autres actionnaires qui vont rentrer dans le capital dans le prochain tour de table en décembre ou janvier 2019 », note Jean Muller, qui indique que l’entreprise fonctionnera sous actionnariat public-privé, le CNES, la BPI et côté privés, des grandes sociétés de l’aérospatial, de l’Oil & Gas ou des opérateurs de télécommunications.

 

L’objectif de cette première constellation européenne de nanosatellites est ambitieux : mettre à disposition une connectivité universelle et à un coût minimal, permettant à tout entrepreneur d’envisager de se servir d’un réseau satellitaire. Les premières pistes de l’exploitation de Kinéis, outre les données qu’elle fournira à CLS pour les missions Argos, sont nombreuses. Les marchés de la logistique, maritime, sécuritaire, et de l’agriculture, sont notamment visés. « Les éleveurs de grands troupeaux sur les territoires immenses pourront par exemple avoir des informations de géolocalisation ou de température de leurs bêtes en temps réel. »  

 

L’IoT a besoin du NewSpace

 

Mais l’opportunité est peut-être ailleurs. Le parc d’objets connectés va plus que tripler d’ici 2025, passant de 7 milliards en 2018 à plus de 21,5 millions selon le cabinet IoT Analytics, qui estime que le marché pèsera 1567 milliards de dollars en 2025 contre 151 milliards cette année. Si les trois quarts des objets connectés utilisent à l’heure actuelle les réseaux personnels et locaux (Bluetooth, Wi-Fi…), les réseaux dédiés comme SigFox, LoRa ou NB-IoT vont progressivement prendre le relais passant de 25 millions d’objets connectés aujourd’hui à 1 milliard en 2025.

 

Là où la solution française a une carte à jouer, c’est dans la complémentarité. 90 % de la surface reste en effet mal connectée par les réseaux terrestres ou connectée via des réseaux satellitaires à des prix prohibitifs. Une brèche dans laquelle compte bien s’insérer le nouveau champion français. « Pour la majorité des utilisations, l’idée est que Kinéis arrive en complément des solutions de connectivité terrestre. En plus des réseaux terrestres, Wi-Fi ou SigFox, les entreprises peuvent ajouter notre chipset miniature. » explique le directeur du développement de Kinéis, qui ne se voit pas en concurrence frontale des solutions existantes. « Ces balises hybrides sont peut-être la solution de demain, car elles permettent d’assurer une couverture universelle, quelles que soient les conditions, sans utiliser constamment le satellite. »