Alexandre Cadain, co-fondateur d’Anima : quand l’IA sert le bien commun

Entrepreneur curieux et touche-à-tout, Alexandre Cadain, 28 ans à peine, a déjà à son actif un parcours hors norme. Après avoir multiplié les expériences un peu partout dans le monde, le jeune homme est devenu une véritable figure de proue de la tech en France, position renforcée avec la création du studio Anima. Son objectif : accélérer l’innovation de rupture grâce à l’intelligence artificielle…Et pourtant, il ne se contente pas de ça.

Ambassadeur européen de la fondation XPRIZE, Alexandre accompagne particulièrement les projets d’intelligence artificielles et de robotiques engagés respectivement pour impacter positivement un milliard d’individus d’ici 2020 et construire des robots que l’on commandera d’ici 2022 à plus de 100km de distance pour réaliser des tâches inaccessibles à l’homme. Il collabore dans le cadre d’Anima avec l’ONU et en particulier la commission AI FOR GOOD où il est tour à tour rapporteur pour le groupe Future of Work et co-lead pour le groupe Smart Cities and Communities.

En filigrane de la mosaïque d’expériences d’Alexandre Cadain : aborder les défis complexes et globaux de notre époque à l’aide d’un mariage des sciences et technologies… et de l’art.

Disséquer le futur pour mieux le changer

Après l’ouverture d’une galerie d’art contemporain dans le Marais, l’obtention de ses diplômes à HEC et l’ENS Ulm, une expérience chez Hyperloop Transportation Technologies à Los Angeles, Alexandre revenait l’année dernière sur son parcours en déclarant : « Je m’intéresse beaucoup à la manière dont les artistes pouvaient anticiper d’autres réalités, ces futurs possibles à venir… » Son rapport à la fois intrigué et mesuré au futur, l’entrepreneur l’a clairement décortiqué lors de son talk à la conférence TEDx Paris de 2017 : « Quand le futur est déjà là, parce que notre imagination est saturée d’une science-fiction qui radote, et qui quelque part va moins vite que le réel, alors concevoir toujours le temps comme quelque chose de linéaire fait que, en voulant aller toujours tout droit et plus vite, tout se fait comme si nous courions sur un tapis roulant… » 

Avec amusement, Alexandre pointe du doigt les films et les livres de science-fiction dépeignant l’avenir de manière uniforme : un monde où les technologies sont à la fois surdéveloppées et omniprésentes, et où la prévention des crimes, l’identification oculaire et les voitures intelligentes font partie du quotidien. Minority Report et Le Cinquième Elément sont certes de très bons films, mais aux yeux d’Alexandre, ils formatent et rétrécissent le futur vers lequel on s’empresse de tendre, comme tant de cases que l’on cherche à cocher.

L’entrepreneur préfère marquer une pause pour poser une question : pourquoi s’enfermer dans cette science-fiction qui bien souvent n’extrapole que le présent, pourquoi s’aveugler dans ce déterminisme linéaire du temps ? Et se contenter de prolonger l’existant au lieu de se diriger vers d’autres horizons ?  

Pour une IA au service de tous 

Fasciné très tôt par les potentiels d’impact sociétaux positifs des nouvelles technologies, le jeune homme a lancé Anima, un « moonshot studio » réunissant pour chaque projet de brillants scientifiques et artistes avec pour objectif d’identifier et d’amorcer avec leurs partenaires économiques, les innovations de rupture que les grands défis de notre époque, du changement climatique à l’éducation continue, réclament. Parmi ses partenaires et clients : l’ONU, la Fondation XPRIZE, Framestore, thecamp, LaPoste ou encore Ubisoft.

Pour Alexandre, l’IA représente moins une menace que l’opportunité rêvée de construire des futurs alternatifs, vertueux. Son crédo : explorer et exposer une intelligence artificielle positive.

Cette mission se matérialise dans le projet AI COMMONS annoncé par Alexandre Cadain et son associé Amir Banifatemi au dernier sommet AI FOR GOOD en mai dernier. Il s’agit d’une plateforme visant à démocratiser l’accès et les bénéfices de l’intelligence artificielle. Pour que l’IA serve véritablement le bien commun, il faudra simplifier et universaliser son usage, permettre à chacun de l’employer pour aborder ses défis quotidiens. La plateforme en construction agrège pour le moment à partir des dix-sept objectifs de développement durables de l’ONU différents challenges à résoudre grâce à des algorithmes, des données et de la puissance de calcul rendues accessibles par des partenaires privés et publics. Le mouvement est aussi poussé par quelques-uns des plus grands chercheurs en intelligence artificielle comme Yoshua Bengio et Stuart Russel. Parmi les premiers projets identifiés pour tester ce circuit AI COMMONS, la combinaison d’algorithmes de computer vision et d’images satellites pour identifier et prévenir les risques d’inondation ou de sécheresse sur des territoires que le changement climatique met particulièrement en danger.