Back-office, le côté obscur des startups se rebiffe

Derrière un site chiadé offrant un service prêt à disrupter un marché, on oublie souvent son arrière-boutique.

Le back-office est une sorte de fantôme. Au point que ce terme fourre-tout décrit différents processus ou outils. On parle d’un côté de la face cachée du site de votre livreur de sandwich préféré, où les employés de celui-ci reçoivent, traitent et exécutent le travail nécessaire à la satisfaction du client ; et de l’autre des fonctions supports, RH, paie, facturation ou comptabilité, essentielles au bon fonctionnement de la boîte.

Tous deux ont cependant en commun d’être énergivore et invisible aux clients, et par conséquent pas toujours efficacement mis en place. Les deux ne constituent que rarement des priorités à la concrétisation d’une idée, et souffrent d’un manque d’anticipation de leur complexification lorsque l’entreprise change de dimension. Les deux sont pourtant à l’orée d’une petite révolution avec l’arrivée à maturité de différentes technologies, SaaS et intelligence artificielle en tête. Dans ce nouvel élan du côté obscur, plusieurs startups françaises connaissent un essor remarqué.

 

Vers une arrière-boutique universelle

 

Sandro Munda, CEO de Forest Admin, développeur de son état, a écumé l’écosystème pendant plusieurs années. Il a participé aux lancements de nombreux projets et a souvent constaté un réel souci de développement et une perte de temps énorme avec le back-office, l’arrière-boutique, au moment où l’énergie aurait dû être focalisée sur le produit. « Souvent développés en interne, ils deviennent très rapidement des usines à gaz. On ajoute des couches bricolées au fur et à mesure des besoins du jour, complexifiant encore le système jusqu’à la prochaine demande » explique-t-il. En 2016, il décide de se lancer, en travaillant sur une plateforme d’administration universelle en SaaS. « C’est quand même fou, les solutions en SaaS sont partout sur le web, mais personne n’avait essayé d’en proposer une pour le back-office ». Incubée par le startup studio eFounders,  la plateforme Forest Admin est mise sur le marché en mai 2017, après 6 mois de test auprès d’une vingtaine de clients.

Considérant que 80 % des fonctionnalités du back-office sont communes à toutes les entreprises, l’objectif est de proposer une solution implémentable très rapidement, à laquelle il est possible de connecter n’importe quelle application et qui puisse servir de base saine. « On fait gagner au moins 30 % de temps aux équipes de développement. Autant de temps gagné pour le front end », assure l’entrepreneur liégeois. Forest Admin essaye, comme la crainte aurait pu être permise lorsque l’on évoque l’aspect universel, de ne pas effrayer les fonctions impactées en offrant une très grande flexibilité pour ajouter des fonctions, de la personnalisation pour l’entreprise spécifique. Le défi est aujourd’hui de réussir à faire venir les clients le plus tôt possible. « À l’heure actuelle, les startups qui viennent vers nous sont celles qui commencent à avoir une certaine taille, qui se développent fort et constatent la lourdeur de leur solution interne ». L’outil étant dédié à accompagner la startup au long de son développent, Sandro a choisi un modèle économique simple : l’offre de base est gratuite pour les structures de moins de vingt collaborateurs, les entreprises plus grandes payent un abonnement pour des services d’assistance et de création de briques personnalisées. Et celle-ci plaît : Forest Admin compte aujourd’hui plus de 350 clients et a réalisé un premier tour de table en janvier 2018, levant 3 millions d’euros auprès de Connect Ventures, Xavier Niel et Taavet Hinrikus pour renforcer ses équipes parisiennes et se développer à l’international.

 

Des fonctions supports plus automatisées pour plus d’efficacité

 

L’autre back-office n’est pas mieux loti. Souvent mis à la marge lors du développement d’une startup, les fonctions supports ont en plus le malheur d’être souvent incroyablement chronophage pour des entrepreneurs qui ne sont en plus pas toujours formés à ces processus pourtant essentiels. Heureusement, une simplification via l’automatisation de nombreux processus est en train de déferler. Plusieurs startups françaises se sont d’ailleurs jetées à l’assaut de ce marché. Payfit, solution sous SaaS de gestion des ressources humaines lancée en 2016, qui permet d’automatiser la gestion des fiches de paie, des notes de frais ou encore des congés, compte aujourd’hui plus de 1500 clients.

Romain Passilly, CEO de Fred de la Compta, solution tout en main de gestion comptable en SaaS lancée en 2016, s’est lui servi de l’IA pour simplifier les démarches et les replacer au maximum à proximité de l’activité de l’entreprise. Grâce à leur technologie propriétaire, Fred ambitionne de réinventer le rapport à l’expert-comptable. Ceux-ci sont les clients de la startup, qui peuvent ensuite la proposer aux utilisateurs finaux, les PME et startups gratuitement. « L’expert, c’est quelqu’un sur qui tu te reposes beaucoup quand tu crées ta boîte, qui t’apprend les rudiments de l’entrepreneuriat. Mais souvent, il y a de la friction à cause de la communication, notamment de nombreux échanges pour des tâches à très faible valeur ajoutée », déplore-t-il. Délais de réponses trop longs, besoin de conseils à des heures aléatoires, détails de facturation oubliés, l’activité peut vite devenir désagréable des deux côtés.

« Grâce à l’IA, qui arrive à aller chercher la bonne information, complète et précise, et à générer des documents uniformisés, l’expert-comptable va économiser entre 30 et 50 % de temps de travail sur un dossier », renchérit-il. La startup compte à ce jour plus de 100 cabinets partenaires.

Avec l’automatisation de plus en plus de tâches, la face invisible de la startup se devait donc de se mettre à niveau. “Le back-office doit muter, pour ne pas rester loin de l’activité à laquelle il est essentiel » conclut Romain, qui se veut optimiste quant à l’impact du changement : « Le SaaS permet par exemple d’offrir des plateformes qui étaient jusqu’à présent réservés aux gros groupes. Ces nouvelles technos restent avant tout un levier, non pas pour que les métiers supports disparaissent, mais pour qu’ils gagnent en valeur ajoutée ».

 

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