Paul Duan : Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités 

Commander un Uber, trouver un rencard, choisir un film… La plupart des services que nous utilisons quotidiennement ont été dopés grâce au big data. Si le terme encapsule beaucoup d’angoisses et d’idées reçues, Paul a choisi de considérer les datas de manière à la fois pragmatique et humaniste. Pour cet expert de la data « La science des données peut servir à faire le bien à grande échelle, et ce avec des coûts minimums. Il suffit d’avoir les bons cerveaux avec les bons algos ! »

La suite semble lui donner raison : depuis les services ambulanciers, aux violences policières en passant par le chômage, le jeune homme a hacké le big data pour le mettre au service du bien commun.

HTML, Berkeley et Silicon Valley

Dès son plus jeune âge, Paul maîtrise les arcanes du HTML et du CSS, accro à la grande liberté que lui offre le net. Depuis sa petite chambre à Trappes, il discute philo sur des forums et vend des sites internet pour pouvoir s’acheter des cartes Pokémon.

Fils de parents émigrés chinois, il grandit avec beaucoup de pression pour « réussir », avec des parents qui souhaitent le voir intégrer Polytechnique.

Il fera finalement des études à Sciences Po, tout en étudiant les mathématiques à la fac. A 18 ans, il rejoint la prestigieuse université de Berkeley. Là-bas, être geek, c’est cool. Le jeune homme touche-à-tout s’intéresse alors à la psychologie et aux neurosciences, tout en continuant à cultiver son goût pour les statistiques… A 19 ans, il travaille chez Eventbrite en tant que data scientist.

Paul a coché très jeune de nombreuses cases. Assez vite, une petite mise au point s’impose, et l’envie de se recentrer sur l’essentiel le prend. Avoir brusquement basculé de Trappes à la Silicon Valley lui confirme l’existence de « plusieurs réalités, à plusieurs vitesses. » Reconnaissant au service public dont sa famille a bénéficié, Paul se sent le devoir de contribuer à son tour à son tour au bien-être de la société.

Chez Eventbrite, le jeune homme a une révélation : la data est un outil ultra puissant qu’il ne tient qu’à nous d’utiliser pour une bonne cause. En 2014, il quitte son boulot pour lancer Bayes Impact, une ONG baptisée en l’honneur du statisticien Thomas Bayes.

Pour faire bouger les choses, Paul a choisi son arme : les algorithmes.

Prendre le Big Data par la main

Après son passage acclamé au sein de Y Combinator (et hop, encore une case de cochée !), Paul est d’autant plus convaincu de la juste place que la TechForGood se doit d’occuper dans le monde. Ceux qui deviendront ses futurs collaborateurs abandonnent leur salaire à 6 chiffres chez les géants de la tech pour s’attaquer à différents enjeux majeurs, comme la santé, la justice, ou encore le développement international. Aux Etats-Unis, l’équipe se fixe deux objectifs : minimiser le coût des prêts proposés par les institutions de micro-crédits et enrayer les violences policières en Californie.

Mais en 2016, Paul rentre en France pour s’attaquer à un problème majeur en France : le chômage.

En novembre 2016, son équipe lance en béta Bob, qui a déjà accompagné à ce jour plus de 140 000 personnes. La plateforme, financée par le mécénat et soutenue par Pôle emploi, fait appel à l’intelligence artificielle pour démocratiser et personnaliser l’information et le coaching via l’analyse minutieuse de métadonnées anonymisées.

Ne pas attendre que les planètes s’alignent

Pour Paul, pas de doutes : la tech est un puissant levier pour persuader les citoyens de s’engager sur des sujets sociétaux. Cela l’a conduit à partager l’algorithme structurant Bob en open source. Le plus important pour lui est de rester concentré sur son projet « de montrer que c’est possible », malgré les hésitations et les doutes inhérentes à l’entreprenariat, pour inciter d’autres à rejoindre le mouvement et s’emparer de la TechForGood.

Plus d’un an après la naissance de Bayes Impact, la structure rassemble près de 9 personnes dans ses bureaux parisiens et lyonnais, et l’ONG se trouve face à un choix : se laisser mourir ou redoubler d’effort. Pas question d’abandonner un modèle qui pour Paul a déjà fait ses preuves. Alors préserver : « Quelque part, je considère presque cela comme un devoir… », explique humblement l’entrepreneur, s’excusant presque d’être consciencieux.

A l’horizon, l’envie de contribuer à construire des services publics citoyens, en les réconciliant avec l’innovation privée. Dans une tribune, l’entrepreneur explique : « Les nouvelles technologies offrent, de manière inédite, les moyens à tout citoyen d’agir à grande échelle et dans un laps de temps réduit. Elles rendent possible pour chacun d’innover au service de l’intérêt général, et de construire ensemble un monde de demain profitable à tous. »

Interrogé au sujet du défi qu’il se voit relever par la suite, le jeune homme confesse une appétence pour le secteur de la santé, qui serait selon lui amené à devenir de plus en plus complexe et clivant. Sa vision : démocratiser l’approche holistique du bien-être et des soins, pour permettre à tous de mieux intégrer quotidiennement des gestes santé.