Combattre les effets des catastrophes naturelles grâce à l’IA

Plus de 200 personnes ont trouvé la mort jeudi dernier dans l’ouest du Japon. En cause, la plus grave catastrophe météorologique qu’a connue le pays depuis le début des années 1980 : les glissements de terrain provoqués par des inondations diluviennes. Dans les parties submergées du quartier de Mabi à Kurashiki, la hauteur de l’eau a par endroits dépassé les quatre mètres cinquante… L’IA, dont le champ d’action ne cesse de s’étendre, aurait-elle un rôle à jouer pour enrayer les conséquences dramatiques de ce type d’événements de plus en plus fréquents ?

L’une des causes de l’aggravation des effets d’une inondation : l’urbanisation croissante de la planète et de la disparition des forêts. En effet, ces dernières agissent comme des éponges en cas de fortes pluie, absorbant les surplus d’eau. Surplus qui sur des routes bétonnées ne peuvent s’écouler sous la surface du sol pour rejoindre des nappes phréatiques.

Alors, pour mieux appréhender la manière dont d’importantes chutes d’eau peuvent impacter un espace, il est primordial d’en connaître les moindres contours.

IA : 1, inondations : 0

Aux Etats-Unis, Jeff Allenby, Director of conservation technology au sein du groupe environnementaliste Chesapeake Conservancy, a développé un outil pour prévoir les inondations et se préparer à les affronter. Il s’agit d’une carte minutieusement élaborée recensant tout ce que l’on trouve au sol (routes, trottoirs, arbres, bâtiments, gazons, ruisseaux…) depuis le sud de la Virginie jusqu’au nord de l’état de New-York. L’équipe de Jeff Allenby a passé plus d’un an sur la réalisation de cette carte, qui aura couté plus de trois millions et demi de dollars. La prouesse : réussir à être mille fois plus précis que les cartes employées par les météorologues spécialisés dans la prédiction d’inondations.

Or, pour rester pertinente et fiable, la carte devra être en permanence mise à jour, afin de retranscrire l’évolution constante de la topographie des deux états. Comment, étant donné le coût colossal et la durée de conception du produit, le groupe Chesapeake Conservancy pourrait-il s’autoriser à réitérer régulièrement la démarche ?

Grâce à un cocktail détonant, concocté à partir d’images aériennes et d’intelligence artificielle. Les brillants algorithmes « IA for Earth » de Microsoft, entrainés à reconnaître finement et rapidement les objets, faciliteront grandement l’optimisation régulière de la cartographie du territoire.

Microsoft a récemment rendu son instrument disponible au grand public. Pour la modique somme de quarante-deux dollars, tout un chacun peut passer à la moulinette de l’IA conçue par la multinationale américaine plus de deux-cents millions d’images, pour produire une carte haute définition de l’ensemble des Etats-Unis en moins de temps qu’il n’en faut pour terminer une partie de Sudoku.

Stéthoscope 5.0

Les utilisations de ce type de carte sont multiples. Les cartes les plus fidèles pourront par exemple servir aux urbanistes à améliorer les systèmes d’évacuation des eaux. Mais ce n’est pas tout. L’Urban Forestry Administration à Washington DC s’est appuyée sur ce nouveau système de mapping pour savoir où planter des arbres afin d’éviter de dangereuses accumulations d’eau en cas de pluie.
Combinés au cloud computing et à la technologie des capteurs, ces outils permettront, à la manière d’un stéthoscope ultra sophistiqué, de prendre en temps réel le pouls de la planète et de donner l’alerte lorsque les signes vitaux du patient paraitront anormaux.

Le déploiement de ces dispositifs ne se cantonne pas aux altitudes positives. Paul Allen Philanthropies entend bien dès 2020 cartographier l’ensemble des récifs coralliens, qui blanchissent malheureusement à vue d’œil. Si la tendance se poursuit, les scientifiques estiment que 90% des récifs, dont 25% de la vie marine dépend, auront disparus d’ici 2050. Dieu merci, nous disposons enfin de moyens à la hauteur de la situation. Lucas Joppa, Chief environmental scientist qui supervise le projet IA for Earth chez Microsoft, se réjouit : « Cela a été la plus grosse frustration de ma vie de voir ce dont nous sommes capables, tout en étant très à la traine quant à la compréhension de la santé de notre planète. Ainsi que constater que ceux qui se préoccupent le plus de résoudre les problèmes de notre société, (…) sont souvent issus des organisations dont les ressources ne leurs permettent pas de tirer profit de l’avancée grandiose des technologies. »

Mais toujours l’éternelle question : même avec ces nouveaux puissants outils, auront nous le temps de réparer, ou seulement même de stopper, la dégradation drastique de notre environnement ?

A la façon des supporters de l’adorable Benjamin Pavard, nous aimerions pouvoir nous dire avec fierté et soulagement « On a l’intelligence artificielle ! », mais ce serait se laver les mains d’un problème qui repose sur les épaules de tout le monde, et pas seulement sur celles des petits génies de l’informatique. Donc promis, on va faire quelque chose. Normal, on est les champions.