Portrait : Marion Moreau, chevalier des objets connectés

Copy right : Sigfox

Parce que l’IoT n’est pas seulement destiné à nous envahir de gadgets aussi insupportables qu’inutiles (passons sans nous y attarder sur la boîte à cookies, le biberon et l’écharpe connectés), la Fondation Sigfox a décidé de mettre ses trackers, petits bijoux de techno pointue, au service du bien commun.

A la tête de la Fondation : Marion Moreau. Si à ses yeux les entreprises ont une mission sociétale beaucoup bien plus importante que celle des États, cela est d’autant plus vrai en France, qui regorge de brillants ingénieurs et innovateurs. C’est donc dans le giron d’une start-up que la jeune femme a décidé de s’engager pour un monde meilleur. Depuis 2016, elle s’attaque avec enthousiasme à la défense de plusieurs causes humanitaires, de la survie des rhinocéros à la protection des chercheurs en Antarctique.

 

Ave Internet, ceux qui vont surfer te saluent

Si Marion avoue s’être beaucoup cherchée durant ses études, elle est aujourd’hui comme un poisson dans l’eau dans un monde à la croisée de la philanthropie et des nouvelles technologies… Étudiante à la Sorbonne, Marion tombe dans la marmite du web lorsqu’elle rejoint Club Internet en 1996 sur les conseils d’une amie. Là, la jeune fille âgée de seulement 18 ans est chargée de lancer sur le web les médias du Groupe Lagardère. Internet n’en est alors qu’à ses balbutiements, mais Marion est subjuguée par ses incroyables potentialités. Après une école de journalisme, elle poursuit avec appétit un chemin qui la mènera chez Capital, France 5, BFM et Frenchweb, pour qui elle décryptera avec minutie et curiosité les actualités et les tendances technologiques, en France et à l’international.

A quarante ans, après deux enfants et une carrière bien remplie, Marion se voit proposer par Ludovic Le Moan, cofondateur de Sigfox, la direction de la fondation qu’il s’apprête à lancer. Après tout, il ne faut pas attendre d’être au CAC40 pour avoir de l’impact ! Marion ne sait pas exactement comment faire ? Peu importe, lui non plus, mais il faut bien commencer quelque part.

 

De l’Antarctique à la savane

La première mission de Marion au sein de la Fondation : protéger les chercheurs et scientifiques qui opèrent dans des conditions extrêmes au sein de la station Princesse Elisabeth, construite par la Belgique en Antarctique en 2008. Entre les crevasses, les températures dangereusement basses, et les rafales de neige, la vie des chercheurs est régulièrement en danger, d’autant plus que leur réseau de communication satellitaire n’est sont guère efficace. A ce problème, Marion propose une solution très simple : offrir aux scientifiques des trackers, qui leur permettrait d’être géo-localisés de manière très précise et en temps réel. « Seulement quelques dizaines de milliers d’euros suffisent pour obtenir une solution totalement aboutie. Ce n’est rien du tout ! Sauver des vies avec la techno, de façon simple et peu chère, cela vaut le coup, non ? »

Et le champ d’action de Marion s’étend aussi jusqu’en Afrique australe, où comme sur le reste du continent, les rhinocéros sont traqués par les braconniers et sauvagement amputés de leur précieuse corne. Écoulée sur le marché noir asiatique à plus de 60 000$ le kilo, cette nouvelle denrée rare, fantasmée pour ses vertus anti-cancérigènes et aphrodisiaques, se revend désormais plus chère que l’or, l’héroïne ou la cocaïne. Alors pour protéger l’espèce déjà décimée à plus de 80%, Marion, soutenue par l’association Save the Rhino, est partie rejoindre une réserve du Zimbabwe poser des capteurs sur les cornes des 450 rhinocéros de la plus grosse réserve du pays. Très peu énergivores et intrusifs, ces nouveaux capteurs jouissent d’une autonomie de trois ans et se vendent moins de trente dollars l’unité. Ils permettront de surveiller les mouvements et d’identifier tous mouvements d’animaux anormaux au sein de la réserve.

 

Petit à petit, le colibri fait son nid

A ce jour, la fondation souhaite étendre et intensifier le spectre de son action, agréger les efforts, et rallier plus de donateurs. L’image du colibri plait beaucoup à Marion, car elle signifie que tout le monde peut contribuer en fonction de ses moyens, sans attendre d’avoir les finances des géants de la tech. Loin de s’enfermer dans une logique propriétaire, l’ex journaliste plébiscite la collaboration et le travail en open source. Son unique coup de gueule : la sclérose du secteur philanthropique, qui aurait bien besoin d’un petit coup de brosse pour se dépoussiérer. A ses yeux, les fondations d’entreprises disposent d’une très importante épargne dormante, qui, conciliée à l’agilité des startups, pourrait changer la donne…

Et c’est bien ce que Marion entend faire, notamment en nouant des liens avec le CEO de la Fondation Leonardo DiCaprio, afin de pouvoir déployer les solutions Sigfox à plus grande échelle. Après les rhinocéros, les éléphants ?