Clémence Vazard, la Cité Fertile : « Faire émerger l’entrepreneuriat social en Seine Saint Denis »

Confortée par le succès de La REcyclerie, lancée en bordure de Paris il y a 4 ans, la bande d’entrepreneurs sociaux de l’agence Sinny & Ooko s’est attaquée à un nouveau projet colossal, en faveur d’une ville meilleure : un hectare de zone industrielle à Pantin dédié à la transition écologique. L’ambition du petit groupe : amener les gens à réfléchir et imaginer ensemble comment vivre en ville de façon plus agréable, en en adoptant un mode de vie et de consommation écoresponsable.

Avec l’accord de la SNCF, propriétaire du terrain, l’équipe, composée d’une petite dizaine de personnes, entend créer pour 3 ans un lieu culturel, qui lors des prochains mois, accueillera près de 100 évènements, et fera la part belle à l’entrepreneuriat.

Clémence Vazard, responsable des projets de cette « Cité Fertile », a répondu à nos questions.

Quelle est l’idée derrière le projet ?

Un projet de cette envergure nécessite une certaine expérience, c’est un projet très particulier… Plein de supers lieux sont nés sur des fondations similaires, version friches SNCF. De notre côté, nous ouvrons sur un site SNCF en activité… L’idée qu’on a eu pour ce lieu, c’est de l’intégrer à son histoire, une ancienne gare de marchandise, avec ses quais, son bâtiment de fret, et au futur, en mettant la Cité Fertile au cœur de l’éco-quartier pantinois à venir. La cité fertile est pensée comme un espace traversant, un lieu de rencontre entre les différents quartiers de Pantin, à ce jour complètement séparés par les chemins de fer et par ce site industriel appartenant à la SNCF jusqu’alors fermé au public. On a bien sur voulu y injecter nos valeurs et une démarche qui nous est propre : comment opérer le principal enjeu d’aujourd’hui, à savoir la transition environnementale, mais à la lueur de cette transition de territoire.

Dans quelle mesure travaillez-vous avec la mairie de Pantin ?

Le projet a été sélectionné par la SNCF. Suite à cela, nous sommes allés à la rencontre des élus et des services de la ville pour obtenir leur soutien. Il est très important pour nous que la collectivité adhère au projet d’un lieu qui sera ensuite un espace public ! Ce type de projet va évidemment créer de l‘emploi, près de 40 déjà, mais cela va surtout dynamiser un territoire, notamment via les incubateurs, qui vont modifier de manière durable le paysage de la ville.

Quelle place est accordée à l’entreprenariat au sein de la Cité Fertile ?

Importante ! Nous allons accueillir deux incubateurs.

Le premier est celui de INCO, baptisé Incoplex 93, un acteur important de l’écosystème startup, qui partage nos valeurs. Nous nous sommes associés pour faire émerger l’entrepreneuriat social en Seine Saint Denis et bénéficier de leur expertise. INCO est présent dans 30 pays dans le monde, et sa mission est d’accompagner toutes les jeunes pousses green et sociales qui deviendront les licornes inclusives de demain. Deux conditions pour rejoindre cet incubateur : être issu du 93 où y vivre, et créer une entreprise dans le département avec un impact social et environnemental positif. L’appel à projet, qui vient d’être clôturé, retiendra une dizaine de projets qui seront incubés pour 9 mois. La rentrée est prévue pour octobre prochain.

Et le second ?

Il s’agit du Campus des tiers-lieux, en prolongation de l’Ecole des tiers-lieux, certifiée organisme de formation, que nous avons lancée l’année dernière. Nous avions créé cette école pour répondre à une forte demande, celle des individus qui venaient vers nous avec l’envie d’ouvrir à leur tour des tiers-lieux reflétant leurs valeurs, dans leur village ou leur quartier, dans le sillon de la REcyclerie. Au début, nous les accompagnions, mais c’était un peu artisanal… Nous croyons fortement au modèle des tiers-lieux, et surtout au fait qu’il a sa place partout, en territoire rural ou urbain ! Depuis un an, on accueillait près de 12 participants pour une formation de 40 heures réparties sur une semaine. Nous avons aujourd’hui déjà accompagné plus de 100 participants, dont la plupart ont bien souvent ouvert leur propre lieu, que cela soit dans un corps de ferme hérité et sauvé de la ruine, ou bien dans une bibliothèque de CE dépoussiérée. L’incubation du Campus, pour lequel nous recherchons encore des fonds, rassemblera une vingtaine de personne, durera 6 mois et débutera en janvier prochain.