Quand la RV rencontre la robotique

Robotique et réalité virtuelle, deux mots qui font briller les yeux de tous les afficionados de la Tech. Et lorsqu’une poignée d’innovateurs décide de conjuguer les deux, cela donne des solutions susceptibles de faciliter la gestion de certaines situations épineuses.

Des drones équipés de défibrillateurs aux bras robots « bonus », zoom sur deux initiatives nées de la jonction entre RV et robotique.

Des drones pour gérer des situations de crise

Dérapages de tramways, incendies, effondrements de bâtiments… : autant de situations nécessitant une connaissance pointue des conditions et du paysage de l’accident. Pour mieux appréhender ces décors chamboulés, la combinaison de drones et de RV s’avère un levier efficace.

Expert en situations de crise de par son métier de sapeur-pompier et chef de colonne, Philippe Chabbouh a fondé Care Concept pour proposer des solutions high-techs et assurer la protection des secouristes et des civils. « Nous avons appliqué aux scènes d’accident le même principe qu’aux scènes de crime », explique l’entrepreneur. Les scènes accidentées sont précautionneusement « scannées » et filmées par des drones avant d’être restituées aux professionnels des secours pour être analysées et décortiquées. Via le port de casque, les opérateurs de la sécurité pourront naviguer dans les décors enregistrés par les drones et reconstitués en RV. « Cela facilite les missions de reconnaissance, et parfois même largage de matériel », souligne Philippe. Extincteurs ou défibrillateurs peuvent ainsi déposés sur zone, lâchés depuis cinq mètres de hauteur et accompagnés par des airbags. Cette technique de scan, utilisée par la Gendarmerie Nationale ou  certains ministères , permet également de conserver des traces très précises des lieux accidentés, « et ce au millimètre près », assure Philippe. « En effet, la nouvelle génération de drones équipés enregistre entre 900 000 et 1 000 000 de points par seconde. »

Avec le temps, le concept a été déporté dans la sphère industrielle, souvent plus agile en termes de processus décisionnel que les instituions, et dotée de ressources plus importantes…Le procédé s’avère précieux dans des contextes dangereux, de PTI (protection du travailleur isolé), ou de travail en hauteur, sur nacelles, plateformes ou échafaudage.

Afin de prévenir les accidents, les drones permettent de reconstituer des lieux difficilement accessibles ou très étendus pour vérifier leur état en RV. Le dispositif permet également d’aider de nouveaux arrivants à se familiariser plus vite avec des entrepôts, « allant parfois jusqu’à 22 000 mètres carrés », explique Philippe, pour mieux identifier les sorties de secours ou les zones à risques.

Deux bras bonus contrôlés en RV par un copain

Au sein de l’Université de Tokyo, Yamen Saraiji a récemment orchestré la création d’une paire de bras robot. Rattachés à un sac à dos équipé d’un ordinateur, les bras sont contrôlés à distance par un opérateur équipé d’un casque Oculus Rift. Grâce au PC et à la caméra implantés dans le sac à dos, qui rassemblent et transmettent de la data en temps réel, l’opérateur est en mesure d’observer ce que voit le porteur des bras et donc de les diriger en conséquence. Les mains articulées et connectées du robot peuvent aussi être remplacées par un système d’attache relié aux bras et poignets du porteur, afin de déplacer et contrôler ces derniers à distance. Avec sa batterie dont l’autonomie oscille entre une heure et une heure trente, le premier prototype pèse près de dix kilos…

L’objectif du projet fusion : explorer la manière dont il serait possible de travailler ensemble pour contrôler ou augmenter le corps d’une personne. L’espoir de Yamen, c’est que la machine puisse être utilisée dans le cadre de thérapies physiques. Pour Hermano Igo Krebs, chercheur en robotique au MIT, le dispositif n’est pas adéquat, mais lui imagine d’autres fonctions : aider un astronaute lors d’une mission dans l’espace ou un secouriste contraint de réaliser en urgence une procédure médicale avec laquelle il serait peu à l’aise.

D’autre chercheurs ont déjà travaillé à la conception de membres robots, notamment au sein du MIT, mais c’est la première fois que la paire de bras bonus est contrôlée en réalité virtuelle. Si le jeune passionné de robotique a opté pour cette solution, c’est car il avait envie de créer un scenario lors duquel la machine s’empare du corps pour en prendre le contrôle. A ce jour, Yarem et ses collaborateurs pitchent leur projet et espèrent bien l’intégrer à un accélérateur tokyoïte.

Alors oui, être en mesure de secourir une victime accidentée ou d’effectuer des réparations dans l’espace avec des bras robots guidés par un pro, cela serait grandiose… Mais franchement, est-ce-que l’on aurait aussi pas l’air trop cool à jouer aux dames avec deux mains d’argent sur Instagram ?