Fini Google, demandez-moi !

On ne le répétera jamais assez, qui détient l’information détient le pouvoir. Et Google, avec 90,87% des parts de marché et une agaçante habitude d’enregistrer et classifier nos données, est en passe de devenir l’entité hybride la plus puissante du monde. Dieu merci, les geeks font de la résistance.  

Le 24 mars dernier, Dylan Curran, expert informatique irlandais, a décidé de faire flipper tout le monde en publiant sur son compte Twitter un résumé de l’ensemble des données récoltées par Facebook et Google à son sujet. Pour découvrir l’étendue des dégâts, pas besoin d’avoir les compétences en hacking de Elliot Alderson dans Mister Robot, il suffit de répondre à la gracieuse proposition du titan californien, ce qu’a fait Dylan. Dans un article publié dans New Statesman, le jeune homme propose un comparatif pour permettre à chacun de mieux prendre la mesure du phénomène : « Mon archive Facebook était de 600 Mb, soit environ 400.000 documents Word. L’archive Google était de 5,5 Gb, soit environ 3 millions de documents Word… »

Traduit en termes plus prosaïques, cela signifie pour Dylan que Google connaît chacune de ses destinations visitées, l’ensemble de ses recherches internet, soit plus de 90 000 (incluant bien sûr, celles effacées), de ses mails reçus ou envoyés (incluant bien sûr, ceux effacés) et de ses documents enregistrés sur son drive (incluant bien sûr, ceux effacés).

Comme si cela ne suffisait pas, Google créé ensuite des profils basés sur l’ensemble des informations recueillies, entre âge, boulot, hobbies, revenus, statut amoureux, et parfois même, poids… Délicieux.

Le plan B qui devrait devenir plan A

A Berlin, un jeune entrepreneur écolo ne l’entend pas de cette oreille. Il s’agit de Christian Kroll, le fondateur d’Ecosia. Ecosia, lancé depuis Buenos Aires en 2008, fonctionne comme un moteur de recherche classique.

Oui, mais : les profits issus des publicités affichées sur ses pages web sont destinés à enrayer le réchauffement climatique, via la plantation d’arbres dans l’hémisphère Sud.

Or, sauver la planète des émissions de CO2 n’est pas le seul objectif de Christian, qui n’a pas choisi son arme 2.0 au hasard. Il se trouve que le jeune homme croit fermement en la nécessité de proposer une alternative à Google. D’une pierre, deux coups, en somme.

Argent et datas, voilà pour Christian les deux seules ambitions de Google. « Et bien trop de décisions, des plus importantes aux plus anodines, sont prises sur la base de recherches Google », déplore l’entrepreneur allemand. A ses yeux, les rouages du moteur de recherche ne sont pas clairs : qu’est-ce qui fait vraiment remonter un résultat de recherche plutôt qu’un autre ? L’argent que l’émetteur de la page débourse, mais pas que. La pertinence des réponses, oui, notion bien subjective, s’il en est.

« Les autres ressorts, on ne les connaît finalement pas vraiment… Et personnellement, je ne voudrais pas vivre dans un monde où Google est le seul acteur à tout contrôler », assène Christian avec une tranquille fermeté.

Heureusement, les plans B, made in France de surcroit, ne manquent pas ! Entre Qwant, qui ne conserve aucun cookie sur le navigateur de l’internaute, DuckDuckGo, à l’esthétique simple et minimaliste, ou les méta-moteurs MetaGer et SearX, qui agrègent les résultats d’autres moteurs de recherche et dont les codes sont disponibles en open source, rien de plus facile que de court-circuiter Mountain View.

Put your hands up for Detroit

Aux États-Unis, les habitants de la ville de Detroit, dans le Michigan, ont carrément misé sur le do it yourself pour s’affranchir des réseaux de communication traditionnels. Pour cause de chômage et d’endettement de la population, les opérateurs télécoms ne prennent pas la peine de proposer de réels services entre les murs de la ville. La fibre, notamment, n’y est que difficilement accessible, et seulement 60% des habitants de la capitale de l’état des Grands Lacs jouissent d’une connexion Internet, faisant de cette dernière l’une des cinq villes la moins connectée du pays…

Pour Diana Nucera, (Blas’ : Mother Cyborg), à la tête de la Detroit Community Technology Project, une association qui œuvre pour la prise de contrôle sur la technologie, la situation est critique : « Ce sont nos droits civils qui sont en jeu si on ne reprend pas le contrôle sur Internet d’une manière décentralisée. »

Appuyée par une petite grappe de technophiles, elle a créé la Equitable Internet Initiative, pour apprendre aux citoyens à construire des réseaux Internet et Intranet autonomes et peu coûteux. Pour Mother Cyborg, le but n’est pas seulement l’accès à Internet, c’est aussi la mise en place « d’un écosystème numérique sain. »

Alors je ne sais pas pour vous, mais je trouve tout ceci particulièrement alléchant. Non seulement car fabriquer des choses est amusant, mais aussi car cela permet de pichenauder Google.

D’une pierre deux coups, on vous dit.