Myriam Maestroni : « Etre optimiste, c’est presque un pari pascalien »

Ours polaires agonisant sur la banquise, inondations diluviennes, cadavres d’oiseaux bourrés de déchets plastiques, érosions des sols… Nous connaissons ces images par cœur, et les effets catastrophiques du réchauffement climatiques ne sont plus à démontrer. Si une poignée d’irréductibles continue de nier l’ampleur du phénomène, (dont une Sarah Palin très fustigée sur le plateau de la célèbre émission Saturday Night Live, et qui à travers l’incarnation de l’hilarante Tina Fey, soutenait mordicus : « There is no such thing as global warming. It’s just God hugging us closer… »), tout le monde est à peu près d’accord pour regarder bien en face avec Al Gore la vérité qui dérange.

Pourtant, engluée dans des crises économiques et diplomatico-politiques, l’Europe peine à mettre sur la table autre chose que des fausses promesses… Heureusement, certains multiplient les efforts pour changer la donne. Parmi eux, l’ex Directrice Générale de Primagaz France, Myriam Maestroni. Après vingt ans passés entre gaz et pétrole, Myriam prend conscience de l’urgence climatique et met les voiles pour monter en 2011 sa propre société, Economie d’Energie, une start-up spécialisée dans la transition énergétique. Avec à son actif plus de 170 salariés et un chiffre d’affaire de 50 millions d’euros, Myriam entend bien démontrer que la croissance verte a le vent en poupe.

Vous revenez de Chine à l’instant. Que faisiez-vous là-bas ?

Je suis partie dans la province de Guizhou, pour assister à un forum sur l’écologie. Beaucoup de choses très excitantes se passent là-bas en ce moment. N’oublions pas que les accords de Paris ont été signés grâce à la Chine, dont le Président a lancé le mouvement d’Eco Civilisation, pour ouvrir la voie à la croissance verte. Xi Jinping a bien compris l’ampleur de l’enjeu, et n’est plus empêtré dans le débat stérile de ces dernières années qui consistait à croire que nous devions choisir la croissance et l’écologie. Le pays, très énergivore, a aussi commencé ses calculs en ce qui concerne les fameuses externalités négatives, et les coûts indirectes liés à la pollution sont titanesques ! Les inondations exigent la libération d’enveloppes financières ; et la mort de nouveaux nés, cela a un coût social…Le Président chinois compte bien, dans la lutte pour le climat, prendre la place de leader dédaignée par Donald Trump, et ça, cela me rend optimiste ! Les mesures prises, au-delà des discours, sont extrêmement volontaristes. Quand la Chine, le deuxième pays le plus émetteur de C02, prend une décision de cette ampleur, cela peut véritablement avoir un impact. Déjà, car nous parlons de plus 1,3 milliard d’individus dont le mode de vie pourrait être transformé. Ensuite, car au sein de ce pays, qui compte énormément de forces vives, le déploiement des décisions prises par l’état est très efficace. L’ensemble du pays sera aligné, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans notre Europe, très balkanisée en termes d’énergie.

Et la France dans tout ça ?

La France doit faire face à plusieurs sujets. Nous affranchir de notre histoire, c’est-à-dire sortir des énergies fossiles, qui rassemblent entre autres le gaz et le pétrole, et réduire la part du nucléaire. En France, nous avons un gros désavantage structurel : 75% de notre énergie provient du nucléaire, il s’agit du taux le plus élevé du monde ! Macron, comme ses prédécesseurs, a annoncé que ramener cette part à 50% ne se fera pas sous son mandat. Cela contribue fortement à bloquer le développement des énergies alternatives… En outre, notre pays connaît au niveau du consommateur l’un des coût d’électricité les plus bas de la planète : cela n’incite donc pas à remettre en cause l’actuel statuquo, alors que le coût de production de l’électricité et faramineux.

Il faut aussi promouvoir les énergies renouvelables ainsi que toutes les technologies qui vont permettre de gérer les limites de ces énergies, la première d’entre elle étant le stockage. Nous devons également travailler à l’efficience énergétique, ce qui veut dire faire mieux, avec moins ! 90% de ce que nous faisons, nous le faisons grâce à l’énergie : faire des glaçons, rechercher son portable, voyager… Mais cela ne doit pas nous empêcher de tendre vers la sobriété énergétique !

Si on retire de l’équation le surpoids chronique du nucléaire, qui est un réel obstacle à l’épanouissement des énergies nouvelles, la France a tout pour réussir sa transition énergétique : des théoriciens très bons, des technologies de pointes, de brillants chercheurs, et surtout, des entreprises mobilisées lors de la dernière Cop21…

En l’état des choses, vous sentez-vous plutôt optimiste ou pessimiste ?

J’ai une conviction profonde, nous nous devons d’être optimiste. Cela relève presque du pari pascalien. Alors entre écouter les catastrophistes ou ceux qui se mobilisent, je choisis la deuxième option. Il y a un revers à toutes les médailles. En Europe, 100 millions de logements sont en surconsommation d’énergies, absorbant entre 6 et 9 fois qu’ils ne devraient…

La bonne nouvelle, c’est que remettre tous ces logements sur la voie des énergies verte donnerait naissance à un marché tentaculaire!